MICROSTORIES # 4

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JEUDI 14 MARS 2013
21H

CINÉMA UTOPIA
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6 € ou ticket d'abonnement


 

LIFE WITHOUT DEATH
de Frank Cole
(Canada / 2000 / 35mm / couleur / vostf / 1h23)

 

LIFE WITHOUT DEATH est le récit extrêmement personnel de la traversée du Sahara entreprise à dos de chameau par le cinéaste Frank Cole.
Dans ce périple qui le mène de l'océan Atlantique jusqu'à la mer Rouge, il éprouve sa condition de simple mortel en surmontant la soif, la solitude, la douleur et la peur de se perdre.
Les images saisissantes de son odyssée à travers le désert se fondent avec la composition musicale de Richard Horowitz et nous entraînent dans une méditation poétique hallucinante sur la vie et sur la mort.


Le Sahara est le désert le plus grand, le plus chaud et le plus aride du monde. Vaste et austère étendue de sable, de gravier et de pierre, le Sahara occupe le quart du continent africain. Il est composé d'une mosaïque de paysages surprenants : océans de dunes ondulantes, plateaux infinis de minéraux compacts et de lacs asséchés.
Le Sahara est longtemps resté une terre totalement inexplorée, un vide mystérieux sur les cartes de l'Afrique. Aujourd'hui, le Sahara suscite toujours terreur et fascination. Se confronter à l'immensité inhospitalière du désert est un défi permanent, une lutte perpétuelle contre une chaleur accablante, une soif insatiable et l'épuisement physique qui peut aussi constituer une expérience dévastatrice à laquelle peu de gens se sont soumis.

La fascination de Frank Cole pour le désert du Sahara est née de la lecture de The Fearful Void, puissant récit personnel de Geoffrey Moorehouse. En 1973, Moorehouse entreprenait seul une traversée du Sahara. Ce voyage s'avèrera une succession de moments de maladie, de crainte et de désespoir. Le caractère aliénant du Sahara le poussera au bord de la folie. Et Moorehouse abandonnera son voyage après avoir couvert à peine la moitié du trajet. Cole s'est très fortement identifié à la tentative courageuse de cet homme.

En 1981, Cole voyage à travers l'Algérie. Le Sahara, sa beauté terrifiante, l'horizon infini, le silence de mort trouvèrent un puissant écho en lui. L'obsession de la mort chez Frank Cole est liée à son attachement profond à la vie. Selon Cole, nous existons dans un paradoxe, tiraillés entre la crainte de mourir et l'acceptation tacite de notre propre mort. Dans sa perspective, le sentiment de fatalisme qui l'accompagne nous empêche de vivre pleinement. Cole est un défenseur de " la prolongation de la vie ". Il considère que la science découvrira finalement un traitement qui ralentira le processus de vieillissement jusqu'à empêcher la mort naturelle. Il est un disciple du régime de Walford qui prétend augmenter l'espérance de vie en réduisant de façon substantielle notre consommation alimentaire. Membre du Cryonics Institute, il a pris ses dispositions pour que, à sa mort, son corps soit cryogénisé. La négation symbolique de la mort est un thème récurrent dans ses films.
Son premier film, A Documentary, est un portrait intime de la relation existant entre ses grands-parents alors que sa grand-mère combat vainement la maladie d'Alzheimer.
En 1984, Cole est retourné dans le Sahara pour tourner son premier long métrage, A Life. Alternant des images d'une pièce vide et des images du Sahara, A Life raconte l'histoire fictive d'un homme (interprété par Cole) qui parvient à un accomplissement de lui-même en se confrontant à une série de situations périlleuses dans le désert. Plus tard, Cole a filmé son grand-père dans les derniers moments de sa vie. Cole a été profondément affecté par sa mort qui a joué un rôle de déclencheur quant à sa décision de traverser le Sahara.

Cole a commencé à planifier son voyage plusieurs années avant son départ. Il s'y est préparé à travers des exercices physiques quotidiens, l'étude de l'arabe, du secourisme et de l'orientation. Les images du désert ont été tournées par Cole, seul. Sa caméra Bolex 16mm était équipée d'une minuterie qui lui permettait de préparer les prises de vue afin de s'y inclure. Tourner seul un film dans le Sahara exigeait une attention continue et ajoutait une difficulté supplémentaire à la traversée effectuée par Cole. Le stock de pellicules et le matériel cinématographique devaient être manipulés avec soin et protégés de la chaleur et du sable. Du fait que ses tournages étaient illégaux dans la plupart des pays qu'il traversait, Cole courait presqu'en permanence le risque d'être arrêté.

Il commence son voyage en partant de Nouakchott, en Mauritanie, le 29 novembre 1989. Son itinéraire vers la mer Rouge suit les pourtours sud du Sahara en traversant la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad et le Soudan. Plusieurs des pays traversés par Cole sont alors en proie à une guerre civile ou tribale. Sa décision de voyager seul rend cette traversée encore plus difficile et dangereuse. Étranger dans un territoire qui lui est inconnu, il est encore plus vulnérable aux attaques des bandits. Cole doit s'orienter par lui-même, s'occuper des chameaux et trouver nourriture et eau. Il se nourrit de dattes, de riz, de sardines et de tout ce qu'il peut acheter auprès des habitants des oasis. Il transporte avec lui soixante litres d'eau, soit assez pour trois jours de voyage. Son itinéraire est dicté par l'emplacement de quelques puits disséminés dans le désert. Il engage parfois des guides pour traverser les régions les plus difficiles mais il effectue quatre-vingt pour cent du parcours seul. Pendant son voyage, Cole est contraint d'échanger ses chameaux épuisés ou blessés contre des montures reposées. Il parcourt 7100 km et atteint les rives de la mer Rouge onze mois après son départ, le 3 novembre 1990.

Après avoir achevé LIFE WITHOUT DEATH, Frank Cole est retourné dans le Sahara pour entreprendre selon un itinéraire moins balisé, une autre traversée du désert. Il a été attaqué et tué par des bandits en octobre 2000, dans le nord du Mali.




"Un film ovni, hors normes, à la mesure du délire de son réalisateur.
Une errance solitaire sur un chameau en plein désert africain, de la Mauritanie à la mer Rouge,
un voyage aussi physique que métaphysique, terrien et mystique, du cinéaste, qui suite à la mort traumatisante de son grand-père a décidé de défier la mort,de la provoquer en personne en s'infligeant une série de souffrances dont il sortira vainqueur après avoir failli plusieurs fois périr d'épuisement. Cole filme admirablement ce voyage intérieur écrasé par les rayons du soleil brûlant, enlisé dans le sable épais : un pari insensé que seul le désir de cinéma semble pouvoir justifier. Une expérience des limites, où les préoccupations artistiques et humaines se confondent dans un jeu radical et mystérieux, dont l'obscurité touche au néant."
(Jean-Marie Durand, Les Inrockuptibles)

 

"Un vrai western métaphysique, une épopée mystique."
(Vincent Ostria, Les Inrockuptibles)

 

"Bien plus qu'un simple documentaire sur un formidable exploit 'sportif', Life Without Death est le récit d'une extraordinaire et effrayante expérience des limites. Cole montre le lente désagrégation de son corps et les stigmates de son calvaire, enregistre les images d'objets et de bêtes croisés dans l'immensité sableuse : rochers, terre desséchée, carcasses d'animaux, squelettes de chameaux, insectes dévorés par les fourmis, serpents, scorpions, vagues silhouettes humaines dans le lointain, les images décrivent alors un univers fantasmagorique, d'une létale et obtuse beauté."
(Le Monde)

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MICROSTORIES est un cycle mensuel de projections proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia, consacré au portrait et au journal filmé, au travers de productions indépendantes à la croisée de la fiction, du documentaire et du cinéma expérimental.
L'objectif de ce cycle est de présenter des œuvres généralement exclues des circuits de diffusion traditionnels de par leur forme hybride et de leurs conditions de production singulières.

Prochaines séances : #5 / jeudi 18 avril, #6 / jeudi 16 mai, #7 / jeudi 13 juin 2013
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