Archive cinéma 2008 / Lune noire



vous trouverez sur cette page, par date chronologique, les archives de la


lune noire

séance mensuelle du troisième type
cinémas de traverse / cinéma expérimental / cinéma underground /
films & vidéos d'artistes

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A chaque nouvelle lune,

propice à l'observation des astres lointains,
nous allumons nos projecteurs pour en extraire de bien étranges rayons.
lune noire est le lieu visible d'oeuvres filmiques
habituellement consignées à l'ombre et la confidentialité,
car échappant à la norme et à la mode.
Films atypiques et rares qui sont le fruit d'imaginations singulières,
de visions personnelles, en marge des voies toutes tracées.
Expérimentations, expériences artistiques, fictions ou documents
que nous avons choisi de réunir sous le terme de "cinémas de traverse".
Agapes visuelles qui sont agrémentées d'expériences gustatives ad hoc.
Séances du troisième type, certes, mais ouvertes à tout public...
Come with us...

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Sélénites associés
Lucie Fhère (Grande Ordonnatrice)
Bertrand Grimault (direction / programmation)
Nicolas Maigret (Black List)
Antoine Calafat (Black Design)
Maria Roszkowska (Visuals)
Charles Psota (Black Brunch)

les séances ont eu lieu à
annexe
9 cours de la Martinique, Bordeaux


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lune noire 1
vendredi 7 mars 2008


     Dépliant des soirées conçu par Antoine Calafat

Si la lune noire symbolise dans les arcanes la figure luciférienne, ambivalente et forcément flamboyante de Lilith, la première femme sur terre qui se révolta contre sa condition, cette première séance se penche sur les métamorphoses féeriques ou monstrueuses de femmes-caméléons ou au devenir machine, esprits-frappeurs ou corps-désastres, au cours d'expériences poétiques, amusantes, bizarres ou carrément inquiétantes.



programme :


Gunvor Nelson
MY NAME IS OONA
(USA / 1969 / 16mm / n&b / 10 mn)
Courtesy Light Cone / Paris

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Le portrait envoutant d'une walkyrie en herbe,
sur une musique originale de Steve Reich.


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Mara Mattuschka
ID
(Autriche, 2003 / DVD / 10 mn)
Courtesy Sixpackfilm / Vienne

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Mimi Minus, l'alter ego de la cinéaste, entame encore une fois un tour de force de renoncement physique. On lui ôte le sol de dessous les pieds, et elle tombe. Prisonnière d'un espace sans pesanteur, elle subit une étrange métamorphose. Petit à petit, elle se déforme, sa peau éclate et - comme si la coquille humaine ne constituait qu'un stade intermédiaire dans l'évolution
- sa peau tombe comme un cocon...

*

Sarah Pucill
BACKCOMB
(GB / 1995 / 16 mm / 6 mn)
Courtesy Light Cone / Paris

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La rencontre de Maya Deren et de Jan Svankmajer
dans un film d'animation d'inspiration surréaliste.
Une masse de cheveux tentaculaire, douée d'une vie propre, serpente sur une nappe
au milieu des couverts et chamboule l'ordre apparent d'un espace domestique
soudain hanté par une Loreleï sans visage.


*

Sarah Pucill
MILK AND GLASS
(GB /1993 / 16 mm / 10 mn)
Courtesy Light Cone / Paris

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Un voyage qui part de la surface du corps pour explorer les méandres et canaux d'un paysage intérieur.
Dans cette étonnante performance filmique, véritable exhutoire d'un espace du dedans,
la présence corporelle de l'artiste est réduite à des fragments pelliculaires
projetés sur divers objets, bols, récipients contenant des liquides,
dans un débordement de fluides et de matières organiques.


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Meredith Monk + Robert Withers
16 MILLIMETER EARRINGS
(USA / 1980 / 16mm / 25 mn)
Courtesy Collectif Jeune Cinéma / Paris

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L'artiste américaine Meredith Monk est douée de nombreux talents :
compositrice-interprète, chorégraphe, metteuse en scène et actrice, elle a créé plus d'une centaine d'oeuvres depuis 1964.
La performance de "16mm earrings" date de 1966; elle a été rejouée en 1979 pour les besoins du film,
qui reprend la plupart des bandes sonores et séquences projetées sur scène à l'époque.
Le thème en est la transformation des fonctions humaines en fonctions mécaniques
- les voix se muent en bruits, les réactions émotionnelles sont réduites à l'état de masques...


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lune noire 2
  dimanche 6 avril 2008



Eija-Liisa Ahtila
LOVE IS A TREASURE

Rakkaus on Aarre
(Finlande / 2002 / 35mm / 55 mn)
Courtesy
Kristallisilma Oy, Helsinki

Film en vo finnoise st anglais & français
(adaptation : Bertrand Grimault)


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La patiente d'un hôpital psychiatrique,
persuadée que son entourage est peuplé de tueurs,
est cloitrée sous son lit, prête à résister à toute intrusion...

Une jeune femme, au sortir d'une enfance contrariée,
croît être l'élue de visiteurs extraterrestres, protecteurs secrets de notre planète,
communiquant par signaux codés via l'éclairage urbain...

Au moment de traverser un pont, une mère, assaillie de peurs enfantines refoulées,
réalise qu'elle ne pourra poursuivre sa route au dessus du vide
qu'en rampant à genoux...

Une jeune fille complexée et rebelle, ne pouvant contenir sa rage,
saccage méthodiquement les objets qui l'entourent et vit au milieu de ce désordre...

Habitant une maison isolée à la campagne, une femme intériorise son environnement
au point de lui donner une vie propre et perd progressivement ses repères physiques et temporels...


Ces cinq épisodes distincts,
respectivement intitulés Underworld, Ground Control, Bridge, Wind et House,
ont été conçus initialement sous la forme d'installations vidéo à deux ou trois écrans.

Réunis ici en un opus cohérent, ces récits s'inspirent d'une série d'entretiens
réalisés par Eija-Liisa Ahtila auprès de femmes atteintes de troubles psychiques.
S'affranchissant du strict cadre d'un documentaire à caractère social ou médical
que laisserait supposer une telle investigation,
Ahtila élabore une fiction qui emprunte davantage à la fable fantastique
(façon Dr Sacks, l'auteur de L'homme qui prenait sa femme pour un chapeau)
et choisit de s'éloigner du réalisme et du rationnel
pour exprimer le processus d'aliénation provoqué par des états psychotiques.

Chaque épisode se donne comme représentation visuelle d'un monologue intérieur :
la voix de la schizophrénie, son cortège d'altérations de la perception,
de dysfonctionnements comportementaux et sociaux,
restitués par l'interprétation étonnante des actrices.

LOVE IS A TREASURE est une perle noire,
un regard profond et sensible sur la folie.


A propos de la cinéaste
Eija-Liisa Ahtila, artiste finlandaise née en 1959, vit et travaille à Helsinki.
Elle réalise des films et des installations vidéo multi-écrans depuis le début des années 90 -
des œuvres qui procèdent les unes des autres et font l'objet de dispositifs variés,
de l'écran télévisuel à l'espace de la galerie d'art, impliquant une relation particulière du spectateur.
Les états psychiques complexes, les affects et tensions liés au désir, au deuil, à la séparation, à la sexualité, à l'identité, la dimension émotionnelle de l'existence sont les thèmes qui traversent ses fictions à la lisière du documentaire, offrant une expérience cinématographique intense
où pointent le fantastique et le surréel.
Son travail est reconnu internationalement (Tate Gallery, Documenta de Kassel, Biennale de Venise...)
La Galerie du Jeu de Paume à Paris lui a consacré une rétrospective au premier trimestre 2008.



A lire également
"Eija-Liisa Ahtila ou les multiples voix de la folie filmée"
un article signé Tiffany Kleinbeck
dans EDIT n°2 (Madness/La folie)
www.edit-revue.com/?Article=29


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lune noire 3
  lundi 5 mai 2008



Au travers de quatre films se réappropriant ou détournant des sources préexistantes
(jeu vidéo, film d'horreur, propagande révolutionnaire, caméras de surveillance),
nous suivons lors de cette séance des personnages en perte ou en quête d'identité dans un environnement saturé d'images contradictoires, façonné par les modèles et les clichés.

"Ce sont des images flottantes, ces clichés anonymes, qui circulent dans le monde extérieur,
mais aussi qui pénètrent chacun et constituent son monde intérieur, si bien que chacun ne possède en soi que des clichés psychiques
par lesquels il pense et il sent, se pense et se sent,
étant lui-même un cliché parmi les autres dans le monde qui l'entoure."
Gilles Deleuze, "L'image-mouvement" (Éditions de Minuit)

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Peggy Ahwesh
SHE PUPPET
(USA / 2002 / vidéo / vostf / 15 min)
Courtesy Light Cone, Paris


Et si Lara Croft, héroïne du jeu vidéo d'action Tomb Raider, était douée d'une voix autonome ?
Victime des négligences des joueurs, prisonnière d'un monde artificiel, elle se poserait des questions existentielles
sur le sens de ses vies et morts successives, empruntant à Fernando Pessoa ("Le livre de l'intranquilité"),
Joanna Russ ("The Female Man") et Sun Ra.




Camille Henrot
DYING LIVING WOMAN
(France / 2005 / 35mm transféré en vidéo / 6 min)
Courtesy l'artiste et la Galerie Kamel Mennour, Paris.



Une jeune femme, fuyant la menace d'un zombie au début du célèbre film de George Romero,
La nuit des morts vivants
(1968), a été effacée, grattée image par image à même le support filmique original.
En disparaissant comme personnage de fiction, elle rejoint les figures de l'au-delà, devient forme surnaturelle,
irradiant littéralement la pellicule par son absence.

(Camille Henrot présente le portrait qu'elle a réalisé de Yona Friedman, "Un nouveau monde (utopie réalisée)"
au Musée des beaux arts de Bordeaux jusqu'au 11 mai et au CAPC jusqu'au 1er juin)




Hito Steyerl
NOVEMBER
(Allemagne / 2004 / vidéo / vost anglais & français/ 25 min)
Courtesy Sixpackfilm, Vienne


Dans les années quatre-vingt, Hito Steyerl tourna en super-8 un film d'action féministe, redevable au classique du film d'exploitation signé Russ meyer, Faster Pussycat, Kill ! Kill ! et aux films d'arts martiaux en provenance de Hong Kong.
Sa meilleure amie, Andrea Wolf, y tenait le rôle principal, avec tous les attributs d'une femme âpre au combat.
L'esthétique outrée du cinéma d'exploitation sera dépassée par l'engagement réel d'Andrea dans les rangs du PKK,
au point de trouver la mort sur le front Irakien en 1998.
Devenue symbole de la cause Kurde, on brandit aujourd'hui son effigie au cours de manifestations.

Documentaire intimiste et éminament politique, November est une réflexion sur l'influence de la fiction sur le factuel, sur le chemin qu'empruntent les images - qu'elles appartiennent au cinéma de genre, au domaine public ou à la sphère privée - jusqu'à alimenter les représentations d'un certaine "histoire officielle".


"Si octobre est l’heure de la révolution, novembre est celle de la désillusion qui lui succède, mais aussi celle de la folie – partant de ce constat, Steyerl réfléchit sur une relation qui au commencement s’appuya sur la pose, pose dont Andrea Wolf prit les implications tellement au sérieux qu’elle ne put plus se satisfaire de la pratique symbolique. Andrea Wolf choisit l’Autre du cinéma
– et devint plus que jamais une « icône »."
(Bert Rebhandl)

Un extrait et le script (en anglais) sont consultables sur
http://german.berkeley.edu/transit/2005/50914.html

repères bibliographiques
"RAF - guerilla urbaine en Europe occidentale" / Anne Steiner & Loïc Debray (L'échappée)
"Terrorismes, mythes et représentations" / Thomas Elsaesser (Editions Tausend Augen)



Manu Luksch
FACELESS
(Autriche/GB / 2007 / vidéo / vostf / 50 min)
Courtesy Sixpackfilm, Vienne


Manu Luksch, net-artiste et cinéaste viennoise basée à Londres, signe un moyen métrage de science-fiction produit exclusivement par des caméras de vidéo surveillance, selon les règles du Manifesto for CCTV Filmmakers.
Ce "dogme" imaginé par AmbientTV s'adresse à des cinéastes d'un nouveau genre,
qui ne tournent pas avec leur propre caméra mais utilisent les enregistrements des caméras de contrôle omniprésentes. Le manifeste s'appuie sur une loi britannique sur la protection des données qui permet aux personnes filmées de réclamer une copie de ces enregistrements.


FACELESS se déroule dans une société sans passé, ni futur, où les humains sont dépourvus de visage. Une femme est prise de panique un matin lorsqu'elle découvre le sien. Sur le mode Orwellien, Manu Luksch propose un point de vue sur une société contemporaine se déployant dans un présent éternel et perpétuellement fragmenté,
où les caméras dévorent l'espace public, tranformé en zone de contrôle.


www.ambienttv.net


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lune noire 4
mardi 3 juin 2008



Sex in June
(Éros c'est la vie)


Olivier Fouchard
QUE C'EST BON...

France / 1996 / vidéo / 4 min
Courtesy Light Cone
Un film un rien grivois sur le désir...

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Camille Henrot
DEEP INSIDE

France/ 2005 / vidéo / 7 min
Musique : Benjamin Morando

Courtesy l'artiste


Un film porno a été partiellement et patiemment masqué par des motifs dessinés au feutre noir, évoquant les gestes tendres mais contrariés d'une relation amoureuse. Des fragments de corps remontent à la surface de la pellicule, jouant à exacerber le voyeurisme du spectateur balloté entre deux strates d'images.

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Kerstin Cmelka
MIT MIR

Autriche / 2000 / 16 mm / muet / 3 min
Courtesy Light Cone
Une femme, nue sur un lit, fait l'amour avec son double spectral.

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Trois films d'animation de Martha Colburn

Martha Colburn, née en 1971 en Pennsylvanie (USA), est une artiste débordante d'activité : elle dessine,peint, découpe, colle, sculpte, couine et manipule de multiples instruments au sein des Dramatics (5000 pochettes de disques faites à la main...toutes uniques) en duo avec Jason Willet (tendance lo-fi/art brut), s'acoquine avec le talentueux songwriter Jad Fair et elle trouve encore le temps de faire des films toute seule.

Martha a longtemps vécu à Baltimore, la ville qu'Edgar Allan Poe qualifiait déjà en son temps de capitale de la corruption et qui reste le décor privilégié des films de John Waters, dont le mauvais goût très sûr n'est plus à vanter. Vivant et travaillant dans une ancienne manufacture de chapeaux, dans un quartier "délicieusement effrayant", Martha a commencé à réaliser des films Super 8 en 1994 à partir de collages animés et de bandes son déglinguées. Ses courts métrages détonnants ont rencontré le succès dans tous les recoins underground des USA jusqu'aux écrans prestigieux du MOMA à New York, avant que sa réputation d'Alice au Pays des Maboules ne l'amène en Europe où un de ses films a fait l'objet d'une sélection au festival de Cannes en 2006.

Aujourd'hui installée à New York, elle continue sans relache à bricoler des films d'animation survoltés et drolatiques,
gerbe visuelle de poésie punk, crash improbable entre Hieronymus Bosch et les Monty Python à la sauce Heinz.


www.marthacolburn.com

SPIDERS IN LOVE : AN ARACHNOGASMIC MUSICAL
USA / 1999 / 16 mm / 2 min 30
Musique de Jad Fair et Jason Willett.


Un numéro scandaleux de danse à huit pattes par des femmes-araignées dont la morsure est fatale !


CATS AMORE
USA/2002 / 16 mm /  2 min 30
Musique : "I wanna be your dog" par Jac Berrocal

Un gang de chattes humanoïdes déploient leurs atouts face à des mâles réduits à la condition servile de chiens.



SKELEHELLAVISION
USA / 2002 / 16 mm / 8 min
Prix du meilleur film d'animation, New York Underground Film Festival, 2003.
Un voyage aux enfers, dans les profondeurs torrides de l'au-delà, par biais d'un travail méticuleux de grattage
et de peinture image par image à même la pellicule.


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Noel Burch
NOVICIAT
France / 1960 / 16mm / n&b / 19 min
Courtesy Light Cone




Une copie rare de ce film fantasmatique réalisé par un auteur américain expatrié vivant à Paris,
connu pour ses essais sur le cinéma
(Praxis du cinéma; De la beauté des latrines - Pour réhabiliter le sens au cinéma et ailleurs).
Surpris en train d'épier un cours de self-défense féminine,
un voyeur (interprété par André S.Labarthe) devient le souffre-douleur du dojo et l'esclave de sa directrice avant d'être vendu à une inquiétante dominatrice toute de cuir vétue.


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Sarah Moon Howe
NE DITES PAS À MA MÈRE

Belgique/2003/Super 8 & miniDV / 27 min
Courtesy Memento Production



"Je fais du strip-tease depuis mes 22 ans. J'avais besoin de sentir mon corps et mes limites. Je voulais voir et être vue. Je voulais explorer ma féminité à travers les regards des autres. Je voulais me brûler les ailes,
sentir la peur et au bout de chaque nuit, en réchapper.
Pendant toutes ces années, j'ai filmé en super 8 noir et blanc ce que je découvrais dans ce monde souterrain.
Les femmes à la fois fragiles et fortes, les spectateurs, les patrons de bar, l'amitié entre les filles, la difficulté d'arrêter ce métier et l'urgence de se sentir exister.
Ce film est un témoignage, une tranche de vie. Il montre le strip-tease de l'intérieur."
Sarah Moon Howe





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