Archive cinéma 2009 / IAO (2)

Vous trouverez sur cette page le programme des séances présentées par Monoquini dans le cadre de l'exposition IAO au CAPC Musée d'art contemporain de Bordeaux
- Zanzibar (Philippe Garrel, Patrick Deval, Jacques Baratier)
- Paul Sharits
- Psychedelia Britannica
- Franco-Faunes (Pierre Clémenti, Etienne O'Leary, Alain Montesse, Roland Lethem, Michel Bulteau)
- Peter Foldes


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Les films Zanzibar
Les événements de Mai 1968 ont coïncidé en France, par leur brièveté, leur urgence et leur virulence, avec la réalisation d'une dizaine de longs et moyens métrages financés par l'héritière Sylvina Boissonnas et qui furent rétrospectivement réunis sous la bannière des "films Zanzibar". Il s'agit d'abord d'une communauté d'amis, jeunes artistes, musiciens, cinéastes, qui trouve l'opportunité de réaliser en  totale liberté des films avec les moyens appropriés et les conditions professionnelles du cinéma, en dehors de toute contingence commerciale. Expérience singulière dont le seul équivalent dans l'histoire de l'art en France est celui des époux de Noailles, qui pratiquaient un mécénat désintéressé.
Les films Zanzibar offrent un précipité des aspirations de l'époque de rompre avec les modèles préexistants, en faisant table rase des notions habituelles d'auteur, de récit, de mise en scène, d'interprétation, de durée, de fiction même, au profit de l'improvisation, de la sobriété stylistique et de l'impact du propos sur la conscience du spectateur.

Minimalistes et âpres, ce sont des éclats d'abstraction mentale violemment jetés à la face du public, sommé de s'affranchir d'une consommation passive et de se réapproprier l'œuvre.

Chez Patrick Deval par exemple, tournant "Acéphale" dans un Paris de friches et de terrains vagues, l'expérience du LSD s'avère un détonnateur pour offrir "au monde un délire neuf" et des "voyages qui durent pour toujours".

Les films Zanzibar ont été peu vus à leur époque, et participant de leur projet inconditionnel d'insoumis qui considéraient la vie comme plus importante que l'art ou qu'une quelconque réussite sociale, sont longtemps restés invisibles. L'historienne et critique de cinéma Sally Shafto a éminemment contribué par ses recherches à ressuciter et à sauvegarder ces films voués à l'oubli (1). Ils nous apparaissent avec le recul comme un geste exceptionnel liant une constellation d'individus créateurs.

Philippe Garrel apparaît aujourd'hui comme le metteur en scène de cette génération, revisitant jusque dans ses films récents la conscience et l'utopie propres à l'époque. Par ailleurs, il insiste depuis toujours sur les relations que son cinéma nourrit avec la peinture. La participation du critique d'art Alain Jouffroy (collaborateur à la revue Opus International) et d' Olivier Mosset, Frédéric Pardo, Daniel Pommereulle est prédominante dans l'aventure Zanzibar. Ces peintres ont non seulement participé aux films de leurs amis, mais ils en ont réalisé eux-mêmes. Ainsi Pardo notamment est-il présent au sein de I∆O comme peintre, auteur et protagoniste de journaux filmés. De même, Pierre Clémenti, acteur de prédilection pour Buñuel, Pasolini, Bertolucci et beaucoup d'autres, icône marginale "ayant marqué le cinéma des années 60 et 70 par son engagement et sa beauté incandendescente et mystérieuse", ne se sépare jamais de sa caméra 16mm Bolex et compose sans discontinuer au fil de ces années un flamboyant journal filmé, poème interrompu par sa mort en 1999 et dont des fragments inédits sont redonnés à la lumière des projecteurs, sur la grande scène de l'exposition I∆O.
(bg)


(1) Sally Shafto,  "Les films Zanzibar et les Dandys de Mai 1968" (Editions Paris Expérimental, 2007)

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PROGRAMMATION


Mercredi 14 janvier 2009 / 19H
Salon du CAPC
Entrée libre
Rencontre / signature avec 
Sally Shafto,  "Les films Zanzibar et les Dandys de Mai 1968"  (Editions Paris Expérimental, 2007 )
Zouzou, "Jusqu'à l'aube", autobiographie (Flammarion, 2003)
un article de Jean-Luc Douin (Le Monde du 22.11.03) : http://paris70.free.fr/zouzou.htm

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Avec le concours de la librairie La mauvaise réputation.
http://lamauvaisereputation.free.fr

La Politique propose une petite restauration élaborée, à prix mini :
Bâtonnets "Curly" et mayo au pastis
Coquille Mimosa
Espuma de carottes au cumin
Piquillo aux rillettes de sardines
Vins et boissons diverses
etc ...



Mercredi 14 janvier 2009 / 20H30
Auditorium du CAPC
Entrée : 3 €

LA CONCENTRATION
de Philippe Garrel

(1968 / 35mm / couleur / 1H34)
avec Jean-Pierre Léaud et Zouzou.

pg3.jpgL'infini cerclé sous vide :
"Je voulais graver cette figure sur la pellicule avec une épingle, pour revenir un peu aux grottes de Lascaux, pour ramener le cinéma à ce stade." (Philippe Garrel)

Tourné en août 1968 durant 72 heures d’affilée dans un décor unique en studio, monté en une semaine, "La concentration" poursuit selon Garrel (alors âgé de 20 ans) la critique du Cinéma-Spectacle et s'apparente à un happening sous influence lysergique. Un homme et une femme tentent de cohabiter dans un espace épuré à l'architecture dramatiquement fonctionnelle : un lit autour duquel sont installés des rails de travelling, et de part et d'autre, une "chambre froide" (douche, laboratoire, hôpital psychiatrique, morgue...) et une "chambre chaude" (four crématoire, gril, chambre de torture...), concentration de toutes sortes d'angoisses et de symboles...
En face du lit, la chambre noire de la caméra, de la salle.
Les rails, posés en U autour du lit, sont comme un regard qui fait communiquer le "chaud" et le "froid", la caméra étant le vase communiquant.
Machine labyrinthique, piège, maison-cinéma : le décor conditionne le film, est le film.
Il n'y a pas de quatrième mur. Le quatrième mur est comme s'il était transparent, en verre. C'est la caméra et l'écran de la salle.

(cette note s'inspire des propos de Philippe Garrel, s'entretenant avec Jean-Louis Comolli, Jean Narboni et Jacques Rivette, "Cerclé sous vide", Cahiers du Cinéma n° 204, septembre 1968)

Séance présentée par Sally Shafto et Bertrand Grimault, en présence de Zouzou et Patrick Deval.




Jeudi 15 janvier 2009 / 20H30
Auditorium du CAPC
Entrée : 3 €

PIÈGE OU LA PEUR D'ÊTRE VOLÉ
de Jacques Baratier

(1968 / 16mm / n&b / 48 minutes)
avec Bulle Ogier, Bernadette Lafont, Jean-Baptiste Thierrée, Arrabal.

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Un véritable film performance où Bulle Ogier et Bernadette Laffont, totalement dévergondées, se livrent à un débordement absurde de destruction nocturne dans une maison, entre hallucination et cauchemar. Le grand fracas acousmatique qui l'accompagne est signé François Tusques.
Une occasion de découvrir un chef-d'œuvre oublié de psychédélisme psychotique, qui n'est pas sans évoquer "Les petites marguerites" de Vera Chytilova.


Suivi de

ACÉPHALE
de Patrick Deval
(1968 / 35mm / n&b / 56 minutes)
avec Laurent Condominas, Jacky Raynal, Michael Chapman, Patrick Deval, Jacques Baratier, Christian Ledoux, Edouard Niermans, Eve Ridoux, Audrey Vipond.

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Photos extraites du site de Jackie Raynal / www.jackieraynal.com

Acéphale est cette "tête chercheuse", jeune homme citant Georges Bataille, dans un film d'exil et d'errance de l'immédiat après Mai 68, en quête d'utopie et de renaissance, entre satori et folie.

"Il est temps d'abandonner le monde civilisé et sa lumière. (...) Le monde auquel nous avons appartenu ne propose rien à aimer en dehors de chaque insuffisance individuelle".
La Conjuration sacrée, Georges Bataille, dans le premier numéro d'Acéphale (Juin 1936).

"Acéphale est parsemé de sons d'un cœur qui bat jusqu'à l'essouflement, il évolue selon des espaces circulaires (ces cercles chers à Zanzibar, Garrel en tête mais aussi Olivier Mosset), ces cercles qui lentement instaurent un climat de paranoïa dans le plan. Sentiment d'être encerclé, d'être tenu en otage, sentiment d'une répétition (plane l'échec d'autres révolutions, la répétition des terreurs), un cercle d'insistance comme si la caméra revenait là sur les traces d'une révolution avortée et s'attelait à une inspection des travaux non pas finis, mais laissés précisément inachevés. Il y a là inévitablement le croisement d'une paranoïa et d'un défi : comment dans cet espace fermé sur lui-même, cerclé sous vide, arriver à se glisser dans un au-delà du temps ?
Cet au-delà est encore une nuit (l'envers du monde civilisé, du monde des lumières) et quand les fugueurs veulent sortir parce qu'ils n'ont pas encore su faire l'apprentissage de la liberté, la lumière les foudroie."
Philippe Azoury, L'éclaireur .


Un entretien avec Patrick Deval (en anglais) est disponible ici :
http://www.sensesofcinema.com/contents/08/8/patrick-deval.html

Séance présentée par Sally Shafto et Bertrand Grimault, en présence de Zouzou et Patrick Deval.

Remerciements à Sally Shafto, Zouzou, Patrick Deval, Philippe Garrel, Claudine Kaufmann, La Cinémathèque Française, les Films Argos,  Jackie Raynal, l'Alliance Française à New York, Jean Cézerac et Ciné Sono Service, sans qui ces séances ne pourraient avoir lieu.

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PSYCHÉDÉLISME ET MINIMALISME
SAMEDI 24 JANVIER 2009 / 17H-23H
CAPC Musée d'art contemporain de Bordeaux
Programmation musicale : Ali_Fib
Programmation cinéma : Monoquini




Concert
ELIANE RADIGUE
Nadjorlak I, II, III
(création mondiale)
Avec Charles Curtis (violoncelle), Carol Robinson et Bruno Martinez (cors de basset)

La coïncidence est trop belle pour la passer sous silence : Eliane Radigue, « sculptrice sonore française » pour reprendre les mots de Daniel Caux, offre en création mondiale sous la nef du CAPC, Naldjorlak, pièce acoustique aux résonances tibétaines, le jour même de son anniversaire.
Après plus de 30 ans de musique électronique « infiniment discrète » (Michel Chion), la trop rare compositrice bouddhiste, ancienne élève et assistante de Pierre Schaeffer puis de Pierre Henry, proche des minimalistes américains (son chemin croise celui de Terry Riley, David Tudor, Phill Niblock…) a abandonné son instrument de prédilection, le synthétiseur modulaire ARP 2500, pour se consacrer à la composition acoustique exclusivement depuis 2004.

Monumental par sa durée (2h30) et délicat par son traitement acoustique de sons continus, pulsés, bruissés, Naldjorlak est pensé comme une trilogie où harmoniques, subharmoniques et partielles se répondent avec une incroyable subtilité. La pièce est portée par trois musiciens virtuoses, interprètes privilégiés des répertoires de La Monte Young, Giacinto Scelsi, Morton Feldman : le compositeur et improvisateur Charles Curtis au violoncelle, la compositrice et improvisatrice Carol Robinson ainsi que Bruno Martinez, soliste de l'orchestre de l'Opéra de Paris, aux cors de basset.

Suspension du temps, dialogue avec l'éternité, voisinage avec le silence, appel à la contemplation, concentration exceptionnelle : ce qui qualifie la musique d'Eliane Radigue depuis 1970 est plus que jamais d'actualité. Mais Naldjorlak emmène encore plus loin la compositrice dans son voyage musical, puisque avec ses trois interprètes, la musicienne admet avoir trouvé le meilleur moyen d'approcher plus encore la « musique impalpable et irréelle » qu'elle appelle de ses rêves. (Maxime Guitton)

Liens :
www.shiiin.com
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89liane_Radigue
http://neospheres.free.fr/minimal/curtis.htm
http://www.crsounds.com/



Films
PAUL SHARITS

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Artiste américain apparenté à Fluxus, Paul Sharits (1943-1993) s'est imposé comme un des cinéastes expérimentaux les plus singuliers de sa génération, multipliant les modes de présentation de ses travaux, sous forme de dessins-partitions, tableaux de pellicules (Frozen Film Frames), projections multiples et installations.
Son cinéma échappe au mode conventionnel de représentation et de narration, pour interroger les éléments constitutifs de la projection et la matérialité du support filmique. Le film même comme objet est le vecteur d'une expérience élargie, où le photogramme, le défilement du ruban filmique, le grain de l'image, les perforations, les rayures... sont les composants d'une ontologie cinématographique.
Paul Sharits a appréhendé en particulier la dimension plastique et affective de la couleur, par le biais de l'intermitence lumineuse et des résonances chromatiques, selon un développement temporel inspiré par l'écriture musicale. Ses films -  silencieux - sont des "récits de couleur" dont les modulations produisent une musique visuelle.

Les œuvres des années 70 projetées au CAPC offrent un contrepoint à la composition d'Eliane Radigue, proposant une expérience d'immersion où les films se déploient à la fois dans l'espace physique et sur l'écran mental de notre pure perception. (bg)

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Films présentés en introduction et en interlude du concert :

Séquence 1
APPARENT MOTION (1975 / projection mono-écran 16mm / couleur / silencieux / 28 minutes)

Séquence 2
ANALYTICAL STUDIES I-IV (1974-76 / pour 4 projecteurs 16mm simultanés / couleur / silencieux / durée totale : 30 minutes)

Séquence 3
DECLARATIVE MODE (1977 / double projection 16mm / couleur / silencieux / 39 minutes)


Avec le concours de Light Cone (Paris) et The Film-Makers Coop (New York).
Programmation / projections : Bertrand Grimault / association Monoquini

Nous sommes redevables au travail mené depuis de nombreuses années par yann beauvais sur l'œuvre de Paul Sharits. Il contribue à la monographie complète consacrée au cinéaste, récemment publiée par Les Presses du Réel.
http://www.lespressesdureel.com/

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PSYCHEDELIA BRITANNICA
Aspects du cinéma psychédélique Britannique, 1963-1974

En partenariat avec le BFI

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VENDREDI 6 FÉVRIER 2009 / 20H30

NEF DU CAPC
entrée : 3 euros


(Programme très détaillé ci-dessous !)

Programmateur invité : Christophe Dupin (Londres)
Christophe Dupin est chercheur rattaché à la faculté d'histoire de Queen Mary, University of London. Depuis plusieurs années ses travaux de recherche portent essentiellement sur l'histoire du British Film Institute, une des plus anciennes organisations publiques relatives au cinéma au monde.  Il est le co-auteur d'un livre sur le sujet, à paraitre prochainement. Ses recherches l'ont aussi amené à s'intéresser au documentaire anglais et notamment au mouvement du Free Cinema (dont il a produit un coffret DVD pour le BFI en 2006), ainsi qu'au cinéma d'avant-garde britannique. Il enseigne aussi l'histoire du cinéma français.
Site web : http://www.history.qmul.ac.uk/staff/dupinc.html



Préambule
Le programme de ce soir se propose de présenter quelques-unes des œuvres cinématographiques (et vidéo) les plus marquantes parmi celles généralement associées, directement ou indirectement, à la scène psychédélique britannique des années soixante. La diversité esthétique et thématique des films sélectionnés ici témoigne des préoccupations artistiques très différentes de leurs auteurs - cinéastes et artistes - mais aussi du type de soutien institutionnel dont ils bénéficièrent et des procédés techniques (souvent novateurs) auxquels ils eurent recours.

Au-delà de ce qui les différencie, ces films ont en commun d'avoir cherché à recréer, chacun à leur manière, les perceptions sensorielles amplifiées et déformées induites par l’ingestion de LSD et autres psychotropes hallucinogènes en vogue au sein de la contre-culture de cette période.
Certains prennent comme point de départ le cinéma figuratif et narratif (où apparaissent souvent les artistes eux-mêmes) qui est ensuite manipulé par un montage fragmenté au rythme souvent frénétique et des images transformées par des filtres colorés, réimpressions et autres procédés; d’autres optent pour une approche totalement non-représentationnelle et explorent les formes abstraites, mouvements aléatoires et agencements de couleurs obtenus soit en filmant des objets et matières en mouvement devant la caméra, soit en travaillant directement sur la pellicule. La bande son, souvent déstabilisante, amplifie les stimulations sensorielles générées par les éléments visuels.

La plupart de ces films ont aussi pour point commun d’avoir été produits de façon artisanale et projetés non dans le contexte d’une salle de cinéma, mais dans des lieux fortement liés à la contre-culture de l’époque (UFO, Roundhouse, Better Books, Arts Lab, London Filmmakers’ Coop…), où projections en tous genres se mêlaient la plupart du temps aux concerts, happenings, lectures de poésie et autres installations. A noter aussi l’importance des soutiens institutionnels qui ont permis à toutes ces œuvres d’êtres produites: des mécènes publics (British Film Institute, Arts Council, BBC), mais aussi les écoles des beaux-arts (Royal College of Art, St Martins’ College of Art, Slade School of Art etc…).

On trouvera ainsi deux films du début des années 60 que l’on pourrait qualifier de précurseurs du cinéma psychédélique: Towers Open Fire, produit de la rencontre du cinéaste anglais Antony Balch et de l’écrivain expérimental William Burroughs, et Speak, de l’artiste conceptuel John Latham. Viennent ensuite des films directement liés à la scène psychédélique des années 1967-69, ou en tous cas fortement influencés par elle: San Francisco, un film-poème psychédélique sur la ville du flower-power mis en musique par l’une des compositions les plus psychédéliques du groupe Pink Floyd, Beyond Image, une version cinématographique des light-shows de Mark Boyle accompagnant visuellement les concerts de Soft Machine dans les clubs underground de Londres, le minuscule mais déjanté Head Rag Hop, et Solar Flares Burn For You, un voyage psychédélique en Cornouailles accompagné d’une composition hypnotique de l’ex-Soft Machine Robert Wyatt.


boyle.jpgSoft Machine et les projections de Mark Boyle

A une centaine de kilomètres de Londres, à Brighton précisément, évoluaient des artistes également associés à la contre-culture de l’époque, et dont les films se trouvent à la croisée du pop-art, du surréalisme, de l’anarchisme et du psychédélisme: cette scène de Brighton est représentée ici par Meatdaze de Jeff Keen et Size M de Tony Sinden.

La contre-culture londonienne a aussi donné naissance à la London Filmmakers’ Co-op (1966). D’abord lieu de découverte des films de l’underground américain, la LFMC est devenue à la fin de la décennie un laboratoire de production de films expérimentaux, où de jeunes artistes guidés par Malcolm Le Grice choisirent de focaliser leur attention sur l’exploration des propriétés physiques et matérielles du film, faisant du processus même de production et de projection une partie intégrante de l’œuvre, et réduisant ainsi le cinéma à ses valeurs essentielles : formes, couleurs, contours et lumière. Des films tels que les œuvres multi-écrans Threshold (Malcolm Le Grice), Hand Grenade (Gill Eatherley) et Maja Replicate (Fred Drummond) sont représentatifs de cette mouvance dite ‘structurelle’, dont le lien avec l’aventure psychédélique tient à l’expérience poly-sensorielle intense qu’ils procurent au spectateur, même si leur approche est moins ludique et plus théorique que celle d'auteurs tels Anthony Stern, Mark Boyle ou Jeff Keen.

Enfin, un certain nombre d’artistes ont commencé à la fin des années 60 et au début des années 70 à expérimenter avec les nouvelles technologies de la télévision et de la vidéo et ont trouvé de nouveaux moyens de créer des images aux formes abstraites et aux couleurs saturées : ici sont présentés Horizon de Lutz Becker et Entering de Peter Donebauer.


Christophe Dupin
Janvier 2009

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Programme



TOWERS OPEN FIRE
Antony Balch

(1963 / 16mm / n&b / vostf / 9 min 30)

Towers-open-fire1.jpgWilliam S. Burroughs dans Towers Open Fire

Towers Open Fire est une tentative du cinéaste expérimental (et distributeur de films érotiques) Antony Balch d’interpréter de façon cinématographique les textes de William Seward Burroughs, écrivain américain associé à la ‘Beat Generation’ et considéré comme l’un des précurseurs du psychédélisme en littérature. Le film est un collage des thèmes et situations développés dans les romans de Burroughs (The Naked Lunch, The Soft Machine…). Le monologue compulsif de Burroughs et autres sons perturbants agissent en contrepoint au montage fragmenté (d’influence dadaïste) des divers éléments visuels : notamment des scènes où apparaîssent l’écrivain et d’autres personnages, et les plans récurrents de la ‘dream machine’ - un stroboscope hallucinogène conçu par le peintre Brion Gysin. Dans la séquence centrale du film, où l’on voit Burroughs marcher sur les quais de la Seine à Paris, Balch traduit visuellement la technique littéraire du ‘cut-up’ en coupant le film toutes les douze images puis en le montant de façon aléatoire. Il développera à nouveau l’expérience quelques années plus tard dans The Cut Ups, une seconde collaboration avec l’écrivain.

Ce film fera l'objet d'un sous-titrage vidéo en français.
"Towers Open Fire" © The William S. Burroughs Trust. Tous droits réservés.


SPEAK

John Latham   
(1962 / 16mm / couleur / 11min)

Speak est l’un des premiers exemples de films essayant de recréer visuellement l’expérience sensorielle ‘psychédélique’. Il fut d’ailleurs projeté lors des tout premiers concerts de Pink Floyd dans les hauts-lieux de la culture underground londonienne qu’étaient le ‘Tabernacle’ de Talbot Road et le UFO Club sur Tottenham Court Road. Il consiste en un montage rapide et incessant de disques et de points animés aux couleurs vives qui vise à interroger notre conscience du temps qui passe (un préoccupation majeure de l’artiste). Quant à la bande-son, elle est composée du bruit métallique déstabilisant d’une scie circulaire.


SAN FRANCISCO
Anthony Stern

(1968 / 16mm / couleur / 15 min)
Musique de Pink Floyd

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Camarade de classe de Syd Barrett et David Gilmour, Anthony Stern a aussi été l’assistant de Peter Whitehead, le documentariste phare de la contre-culture anglaise des années 60. En 1967, il ramène d'un voyage en Californie les rushes d’un film sur San Francisco alors à l'apogée du ‘Flower Power’. Achevé à Londres grâce au soutien financier et technique du BFI, le film dessine à un rythme effréné les contours de la société américaine de l’époque, recourant pour cela à divers procedés visuels novateurs (notamment le montage ultra-rapide d’images fixes selon la technique du ‘stop-frame’, générant des formes abstraites aux couleurs vives). L’autre clé du film est la bande-son, plus précisément le très psychédélique ‘Interstellar Overdrive’ de Pink Floyd, un morceau très expérimental et largement improvisé qui était la pièce de résistance des premiers concerts du groupe en 1966-67. La version qui figure sur la bande-son du film est différente de celle de l’album, et de l’avis des connaisseurs, notablement supérieure (dans la partie centrale, le groupe bascule franchement dans l’abstraction sonore). L’ensemble formé par ces innovations visuelles, la musique de Pink Floyd, sans oublier la séquence montrant les pratiques occultes d’une communauté hippie de Haight-Ashbury fait de ce film un témoignage incontournable de la scène psychédélique de l’époque.



BEYOND IMAGE
Mark Boyle & The Sensual  Laboratory

(1968 / 16mm / couleur / 17 min)
Musique de Soft Machine

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S'il fallait citer un film emblématique de la scène psychédélique londonienne de la fin des années 60, et plus particulièrement l’esprit du mythique UFO Club (ovni en anglais) où les groupes de rock dit psychédelique comme Pink Floyd et Soft Machine se produisaient dans l’environnement visuel des ‘light shows’ dont Mark Boyle fut l’un des pionniers, ce serait Beyond Image.
Le film fut produit par Boyle (avec l’aide financière du BFI) à l’occasion d’une exposition consacrée à son oeuvre organisée par le célèbre Institute of  Contemporary Arts (ICA) de Londres en juin 1969. Boyle était proche du groupe, dont il avait éclairé nombre de concerts, à Londres et ailleurs. Dans Beyond Image, il utilise les mêmes procédés que lors de ses spectacles live pour explorer les effets de formes, de couleurs et de lumière produits par des huiles colorées et chauffées qu’il fait couler entre deux plaques de verres. La bande-son accompagnant le film est un extrait de celle conçue par Soft Machine pour le spectacle multimédia "Spaced" de Peter Dockley, donné à la Roundhouse en septembre 1969. Le passage choisi, un ostinato rythmique en sept temps, sur lequel ont été superposés des tape loops (bandes passées en boucle, à différentes vitesses, parfois à l'envers), sera réutilisé dans la partie centrale du morceau "Facelift" sur l'album "Third" (1970). La combinaison des bulles d’huile colorées tourbillonnant sur l’écran et de la musique hypnotique de Soft Machine permet de recréer l’expérience sensorielle unique des happenings psychédéliques. Lors de l’exposition à l'ICA en 1969, le film fut projeté simultanément à l’aide de quatres projecteurs afin de créér un environnement visuel de 360 degrés.




HEAD RAG HOP
Peter Turner

(1968 / 16mm / couleur / 2 min)

Bien qu’illustrant un vieux classique du boogie woogie (le très amusant Head Rag Hop de Romeo Nelson, 1929), le très court film de Peter Turner se rapproche d’oeuvres relevant plus strictement d'une esthétique dite ‘psychédélique’ par son montage ultra-rapide d’images aux couleurs vives et au graphisme de bande dessinée, mettant en exergue certains mots-clés de la chanson, mais représentant aussi des motifs plus abstraits, objets animés et images de bluesmen célèbres, le tout agencé au rythme frénétique du solo de piano et répondant visuellement à la frivolité de la chanson. On notera au passage, parmi la multitude d’images projetées sur l’écran, l’apparition furtive du logo de ‘IT’ (International Times, le journal de l’Underground londonien de l’époque) comme preuve supplémentaire de l’allégeance du film à cette (contre-)culture.


MEATDAZE
Jeff Keen

(1968 / 16mm / couleur / 10 min)

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Meatdaze est, du fait de son utilisation à outrance de l’imagerie pop et d’une bande sonore sauvage qui multiplie les références à la culture populaire (notamment cinématographique), plus naturellement associé au ‘pop art’ qu’à la scène psychédélique. Mais le rythme quasi hystérique du film, les superpositions multiples de scènes réelles et d’images d’objets et autres éléments graphiques animés dans un torrent de destruction et de reconstruction, ainsi que la récurrence de sons particulièrement agressifs (comme la mitraillette d’un avion de combat) rendent l’expérience déconcertante, presque hypnotique, et au final assez épuisante. Le film se compose de six séquences distinctes (elles sont numérotées), sans lien évident entre elles. Keen alterne les séquences animées et les scènes jouées par des acteurs dans lesquelles on peut voir l’artiste à l’oeuvre ainsi que des personnages, le plus souvent nus, engagés dans des actions sans signification évidente. Dans l’ultime séquence, les superpositions de scènes jouées et d’images fixes et animées se multiplient à l'infini, offrant au spectateur une expérience sensorielle hors du commun.

SIZE M 
Tony Sinden

(1969 / 16mm / couleur / 12 min)

Tony Sinden était issu de la même scène artistique (dite de Brighton) que Jeff  Keen, et l’influence de ce dernier sur son travail est évidente:  les techniques utilisées et les thèmes de Size M sont proches de ceux de Keen: le montage frénétique de plans souvent filmés au ralenti et superpositions de scènes et d’images, et les multiples références au pop art (l'Elvis de Warhol), à la BD, au cinéma underground transgressif américain (pornographie, sado-masochisme) et au cinéma de genre - notamment au film d’horreur (décors gothiques, paysages glauques, masques monstrueux, maquillages excessifs et une bande-son particulièrement perturbante). Si Size M est constitué presque entièrement de scènes réelles jouées par des acteurs, la dimension narrative du film n’en reste pas moins totalement subjective, même si c’est bien le désir humain brut et insoumis qui semble être le sujet principal du film.


SOLAR FLARES BURN FOR YOU
Arthur Johns

(1973 / 16mm / couleur / 9 min)

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Au début des années 70, tout juste diplômé des Beaux-Arts, où il a déjà réalisé plusieurs courts métrages, Arthur Johns décide de concevoir un nouveau film expérimental envisagé comme une réflexion personnelle sur les effets de couleur au cinéma, en prenant pour canevas deux types de paysages qui ont pour lui des connotations très personnelles: la lande de Cornouailles où il a grandi, et les paysages urbains de la métropole londonienne où il habite. Le film se divise en quatre sections distinctes et sans lien apparent les unes avec les autres: un spectacle de rue où un étrange mime joue avec un oiseau de papier; des plans aléatoires de rues animées dans le quartier de Piccadilly; une scène domestique dans laquelle on peut voir Arthur Johns se rouler un joint dans son appartement (il utilise la technique du stop-frame et un filtre rouge vif); enfin, une succession de travellings lancinants sur les paysages désolés des carrières d’argile en Cornouailles. Dans ce final particulièrement psychédélique, le film multiplie les effets visuels aux effets hallucinatoires (superpositions d’images négatives et positives, adjonction et soustraction de couleurs primaires par l’utilisation de filtres), projetés au rythme d’une musique très expérimentale signée Robert Wyatt (ex membre de Soft Machine). Réalisée dans le home-studio de Nick Mason (Pink Floyd) spécialement pour le film, cette bande-son dans laquelle Wyatt tient lui-même tous les instruments, se situe à mi-chemin entre son premier album solo The End Of An Ear et le cultissime Rock Bottom, dont il utilise déjà le fameux orgue-jouet. Le thème mélodique sera, lui, revisité sous une forme plus "digeste" deux ans plus tard sur son album Ruth Is Stranger Than Richard.


NOTHING IS SOMETHING
Anne Rees-Mogg

(1966 / 16mm / couleur / 10 min)

Nothing is Something, le premier film d’Anne Rees-Mogg  (dont le titre est une citation de Marcel Duchamp) est une composition muette toute simple où l’on passe dix minutes à regarder des spectres de couleur sur les bulles de savon flottant sur un fond bleu, ou bien se transformant en de délicates structures cristallines, puis les effets moirés de l’essence flottant sur l’eau, et enfin les reflets polychromatiques créés par sa collection de bouchons de carafes en cristal taillé. “Dans tous mes films” avoue-t-elle, “une chose en suit une autre comme des perles sur un collier.” Les plaisirs esthétiques du film reflètent son goût pour la peinture futuriste, mais en tant que genre cinématographique, cela ne l’a pas entièrement satisfaite: “Ça ressemble trop à la peinture”, dit-elle.” (Nick Wadley)


MAJA REPLICATE
Fred Drummond 

(1969 / double projection 16mm / 15 min)

“Une ré-impression multicolore qui utilise comme matière première des carnets intimes, des morceaux de pellicule de récupération dans lesquels apparaissent un ou une scientifique, Claudette Colbert dans Siren of Atlantis, un top model séduisant, un film sur le festival de Phun City. La structure du film - un conglomérat de fondus, d’images figées, de répétitions, de boucles et de ‘slippping footage’ - est le résultat d’un rapport physique avec la tireuse de la London Filmmaker’s Co-op. En résumé, c’est une concotion colorée trop mûre que j’ai pris plaisir à réaliser!” (Fred Drummond)


HAND GRENADE
Gill Eatherley  
 
(1971 / triple projection 16mm / 8 min)

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A l’origine peintre et dessinatrice, Gill Eatherley a rejoint Malcolm Le Grice à la London Filmmaker’s Co-op au début des années 70. Mais contrairement à la plupart des artistes liés à la LFMC à cette époque (dont Le Grice), elle n’a pas souhaité s’associer de trop près à l’avant-garde structurelle alors en vogue. Ses films, et Hand Grenade en particulier, s’interessent plus à l’idée d’interdisciplinarité, entre l’art et la musique par example. Ce qui a fait dire à Le Grice qu’Hand Grenade, film-installation à triple projection, a tout autant sa place dans une boîte de nuit que dans un cinéma ou une galerie d’art.
De prime abord, les lignes colorées et tourbillonnantes de Hand Grenade ressemblent aux sinusoïdes d’un oscilloscope, et le spectateur pourrait croire avoir affaire à des images générées par ordinateur. Pourtant, elles sont le fruit de procédés cinématographiques très traditionnels et particulièrement laborieux. Le film de Gill Eatherley est en effet né d'expériences autour du mouvement dans l'espace d'une torche électrique et sa captation par la caméra. Le matériau visuel de départ a été tourné sur film 16mm noir et blanc. Chaque photogramme a été exposé pendant plusieurs minutes alors que Eatherley dessinait des objets - y compris son propre corps - dans l’espace (dans l’obscurité la plus complète) à l’aide de sa torche. Cette première étape a produit seulement 30 mètres de film noir et blanc. La couleur a alors été ajoutée sur les éléments positifs et négatifs (parfois en surimpression) avec la tireuse optique de la LFMC. Eatherley, enfin, a monté le film de telle manière que les trois écrans, suivant des motifs différents mais symétriques, soient orchestrés au rythme de la musique signée du groupe allemand Neu !


THRESHOLD
Malcolm Le Grice  
 
(1972 / triple projection / vidéo / 16 min)

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Dans Threshold, Le Grice poursuit son travail d’exploration des relations complexes qui existent entre les processus de réalisation, de projection et de vision qui caractérisent le medium filmique. Ici, il examine plus particulièrement les combinaisons et permutations de couleur que l’ont peut obtenir à l’aide une tireuse optique. Il s’intéresse au concept du ‘seuil’ (‘threshold’), ce moment précis où une expérience optique se transforme en une autre, où une image devient une abstraction de sa forme ou de son mouvement. Le film commence avec des motifs de couleurs simples remplissant l’écran, suivis de séquences d’images abstraites créées par l’exposition accidentelle du film. Apparaît ensuite l’image centrale du film (une bande d’actualités récupérée montrant des gardes à un poste-frontière) que Le Grice retravaille en accumulant les couches de couleurs. L’œuvre est destinée à être ‘exécutée’ par l’artiste, qui ajuste lui-même la position des trois projecteurs, et fait ainsi se superposer les images projetées de façon aléatoire.

La version présentée à Bordeaux est la captation vidéo d'une performance récente de Malcolm Le Grice, recourrant à trois projecteurs 16mm.



HORIZON
Lutz Becker   

(1966-68 / vidéo  / couleur / 5 min)

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Lutz Becker a réalisé ce film alors qu’il travaillait avec l’ingénieur en électronique Ben Palmer. “J’espérais trouver une sorte d’équivalent visuel de la musique électronique, rapporte Becker. Nous avons exploré les moyens avec lesquels des effets visuels pourraient être créés en utilisant la réaction parasite entre les caméras de télévision et les moniteurs.” Les motifs ainsi obtenus dans Horizon (des formes globuleuses colorées flottant dans le cadre) ne sont pas sans rappeler les bulles d’huile de Beyond Image. Produit à l'époque de la télé en noir et blanc, le film fut colorisé plus tard à l’aide d’une tireuse optique, et diffusé à la télévision britannique en 1969.


ENTERING
Peter Donebauer   

(1974 / vidéo / couleur / 8 min)

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Entering constitue incontestablement une étape clé non seulement dans l’histoire des techniques de diffusion audiovisuelles, mais également dans l’histoire de l’art. C’est en effet à la fois la première video d’artiste, et la première oeuvre totalement abstraite à être commandée et diffusée sur une chaîne de télévision nationale en Grande-Bretagne (mai 1974). Elle a été enregistrée par la BBC depuis le studio de télévision du Royal College of Art. L’image et le son ont été tous deux générés dans les conditions du direct par Donebauer, vidéaste pionnier, et le compositeur Simon Desorgher, chacun des deux protagonistes réagissant en temps réel à l’impulsion créative de l’autre. Les techniques visuelles conçues par Donebauer, obtenues par manipulation de studio de télévision à des fins jamais explorées jusqu’alors, ont permis le développement d’une forme de ‘peinture électronique’ équivalente à la ‘musique électronique’. Entering est une oeuvre abstraite, faite de motifs circulaires en perpétuel mouvement et aux couleurs changeantes. A cette riche experience visuelle correspond une bande-son complexe aux consonnances électroniques et métalliques.  Le thème développé à travers cette oeuvre est, selon Donebauer, “une allégorie de l’experience de la naissance au sens physique et de la re-naissance au sens métaphysique”.



Notes (sauf mention contraire) : Christophe Dupin
[Merci a Aymeric Leroy et David Curtis pour leur aide précieuse]


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Programme réalisé avec le concours de Light Cone (Paris), LUX (Londres), Malcolm Le Grice, Lutz Becker, Peter Donebauer, The Wylie Agency / Luke Ingram (Londres). Coordination : Bertrand Grimault / association Monoquini

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FRANCO-FAUNES
les francs-tireurs du cinéma underground en France


MERCREDI 25 FÉVRIER 2009 / 20H30
AUDITORIUM DU CAPC
entrée : 3 euros
avec une portion de camembert électrique et un verre offert

Invité spécial : Jean-Pierre Bouyxou
Érudit des Mauvais Genres littéraires et cinématographiques (on connait sa voix dans l'émission du même nom animée par François Angelier le samedi soir sur France-Culture), fin limier du cinéma populaire du B au Z  en passant par le X, promoteur pionnier du cinéma underground en France via le festival Sigma de Bordeaux aux côtés de Philipe Bordier, puis instigateur d'improbables rétrospectives (Andy Mulligan récemment à la Cinémathèque Française; mais qui se souvient de la remise de la palme de caoutchouc au festival du nanard lors de Sigma 23 en 1987 ?), organisateur, toujours à Bordeaux en 1966, de la première expo des photos de Pierre Molinier dont il fut l'ami, co-fondateur de l'Internationale Patissière avec Noël Godin et entarteur notoire, collaborateur à Siné-Hebdo, cinéaste, acteur, écrivain (il a signé avec Pierre Delannoy L'aventure Hippie, aux éditions du Lézard)...

Bref Jean-Pierre Bouyxou est à la fois un passeur, une figure héroïque de la contestation et un empécheur de tourner en rond.
Il est notre invité très spécial, l'homme de la situation pour évoquer avec nous une période qu'il a vécue de l'intérieur et les artistes-cinéastes qui furent ses amis.


"Éphémère et flamboyant, directement lié à la révolution psychédélique et à la génération hippie, le cinéma underground français (ou, comme on aimait dire à l'époque, cinéma "souterrain") a surgi dans l'effervescence contre-culturelle qui annonçait et préparait les chamboulements de Mai 68. Cinoche de protestation, de contestation, de provocation, de refus. Agit-Prop et poésie brute. C'était aux heures ludiques des happenings et des détournements situationnistes. Ce que nous voulions, c'était abolir la frontière entre l'art et la vie. Tous cinéastes ! Il s'agissait de faire des films en toute indépendance, en toute liberté. Sans critères esthétiques figés, sans tabous moraux, sans visées commerciales."
Jean-Pierre Bouyxou, Métro (sans Goldwyn ni Mayer) pour l'underground, in Jeune, dure et pure ! Une histoire du cinéma d'avant-garde et expérimental en France (Cinémathèque Française - Mazzotta, 2001)



Programme  :


MAIN LINE
Michel Bulteau
(1971 / 16mm / n&b / 12 min)
Musique de Mahogany Brain, extraite de l'album Smooth Sick Lights (Pôle, 1972)

En 1971, Michel Bulteau publie à 22 ans, avec Matthieu Messagier, Jean-Jacques Faussot, Jacques Ferry, Patrick Geoffrois, Zeno Bianu et quelques autres, le Manifeste Électrique Aux Paupières De Jupes, dernier manifeste collectif qui soit venu, avant le Manifeste froid, déranger la tranquillité du milieu littéraire.
Le deuxième court métrage réalisé par le jeune poète évoque le rêve de l'aiguille de Slit, féerie publié dans Parvis à l'écho des cils (Jean-Jacques Pauvert, 1972), ces fragments écarquillés d'images-panique à l'orée du shoot :

(...)
Je fixe l'aiguille, et étalant mes yeux sur le verre blanchâtre. Je fais tourner ma langue comme un manège dans la seringue lumineuse. Mes veines percées éclatent lorsque l'aiguille aère leur haleine. (Le sang étire la douleur comme un néon dans le ciel glacial, et la pluie de l'aiguille embrume la fourrure du vent.) L'aiguille tirant sa langue de fée. Écarlate celui de la veine en un angle heurté... je contourne mes veines. L'aiguille de sa langue comme un gant de glace étire le réseau de la veine.
L'aiguille hermaphrodite.
La veine goûte l'haleine feutrée de l'aiguille, les autres veines s'endorment. Sous la langue de la veine... la veine au rêve intérieur de l'aiguille, et l'aiguille retire sa tristesse.
(...)


«Les reflets de la chair dans Main Line me font songer à des méduses qui se meuvent ensemble.» (Henri Michaux)
«From Main Line to Asnaviram, the poet Michel Bulteau has discovered the Buddha nature of drugs.» (Allen Ginsberg)

à lire, un article bien enlevé sur Michel Bulteau :
http://www.gonzai.com/michel-bulteaunew-york-est-une-fete/



CINÉMA CINÉMA

Jean-Pierre Lajournade
(1969 / 35mm transféré en vidéo / n&b / 14 min)
Avec Jean-Pierre Lajournade, Fiammetta Ortega, Tobias Engel.
Production : Pierre Braunberger (Films de la Pléiade)

Les déboires d'un metteur en scène aux prises avec le conformisme du public et les exigences des révolutionnaires... Par un réalisateur disparu à 36 ans et encore étrangement méconnu, malgré deux longs métrages marquants pour le cinéma, plusieurs courts métrages dont l'un fut longtemps interdit par la Commission de Contrôle de Censure (pour "toxicité mentale"!), et plusieurs films de fiction réalisés pour la télévision française mais jamais diffusés sur antenne.

"Jean-Pierre Lajournade reste attaché à ce courant parfois appelé "a-cinéma" qui a ouvert une brêche non négligeable dans la conception tant esthétique que financière du jeune cinéma français à la fin des années 60. Comme les œuvres des autrs représentants de cette tendance (qui n'ont jamais formé une école) : Patrick Deval, Jackie Raynal, Michel Baulez, Serge Bard, etc..., les films de Lajournade se caractérisent apr un relâchement presque total des structures narratives et par un refus systématique de cautionner une quelconque continuité dramatique. (...) Ses œuvres, à travers le bouleversement syntaxique qu'elles opèrent au niveau de la représentation cinématographique, ont permis la production d'options nouvelles, tant pratiques que théoriques, sur la forme filmique. Lajournade s'est toujours méfié de l'esthétisme, du plaisir éventuel que ses films pouvaient procurer, s'évertuant à en dénaturer les moindres prémices : ceci explique que son travail demeure encore aujourd'hui d'un abord très ardu et que peu de gens le connaissent."
Raphaël Bassan, in Écran n° 55, février 1977

A lire également :
Une longue interview, publiée auparavant dans la revue Cinéthique en avril 1969, de Jean-Pierre Lajournade, qui constitue la dernière partie du livre de David Faroult et Gérard Leblanc, Mai 68 ou le cinéma en suspens, Editions Syllepse, collection Résistances, 1998.


E-30 (1ère partie)

Alain Montesse
(1968 / 8mm transféré en vidéo / n&b / 7 min)

Tourné au printemps 68 durant la braderie de Bordeaux, juste avant le mois de mai, une tentative d'illustrer le Summer in the City des Lovin' Spoonful qui finit en hachis sonore dans une déferlante d'images urbaines.
http://alain.montesse.site.voila.fr/


CHROMO SUD

Etienne O'Leary
(1968 / 16mm transféré en vidéo / couleur / 21 minutes)

olearystill.jpgJean-Pierre Bouyxou dans Chromo Sud

"En 1965, j'ai rencontré deux mecs qui eux aussi avaient les cheveux longs, tiraient sur des joints et faisaient des films, sans producteurs, du cinoche underground, là, à Paris… et donnaient envie de faire du cinéma underground. Je crevais d'envie de faire des films. C'était Etienne O'Leary, un Québécois, et Francis Conrad, un Américain qui est reparti tout de suite aux Etats-Unis. Etienne O'Leary est devenu un ami. Il était également copain avec Marc'O, Kalfon, Clémenti et Lebel. Les films d'Etienne O'Leary étaient projetés sur le chapiteau où était représentée la pièce Le Désir attrapé par la queue de Picasso, mise en scène par Jean-Jacques Lebel, avec la strip-teaseuse Rita Renoir, Taylor Mead, Ultra Violet et les Soft Machine. Lebel m'avait proposé d'être son assistant mais je n'ai malheureusement pas participé à l'aventure. On en voit des petits bouts dans Chromo Sud de O'Leary, un film auquel j'ai participé et qui se termine par quelques-unes des rarissimes images des barricades en couleur. Il y a très peu d'images en couleur de Mai 68."
Entretien avec Jean-Pierre Bouyxou (Janvier 2001)
http://www.chronicart.com/webmag/article.php?id=858


LE SEXE ENRAGÉ

Roland Lethem
(Belgique / 1969 / 16mm / n&b + couleur / 21 minutes)
Avec To Katinaki, Noel Godin, Jean-Pierre Bouyxou, Roger Clermont, Raphaël Marongiu.

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« Le bourgeois n’est pas un homme, c’est tout au plus une souris blanche » (Mao Tse Toung).
« Lethem est, de loin, le moins conventionnel des cinéastes belges. Il conjugue magnifiquement l'abstraction et le désir, l'humour et la provocation, le fantastique et l'anarchisme. » (Jean-Pierre Bouyxou).

Prix du “One Night Stand Award” au first Wet Dream Film Festival d’Amsterdam, 1970 Invité à la Biennale underground de Venise 1971 Invité au Festival Underground de Londres 1971



VISA DE CENSURE N°X
Pierre Clémenti
(1967-75 / 16mm transfére en vidéo / couleur / 43 min)
Musique : Delired Cameleon Family

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Un des fleurons du cinéma psychédélique français, véritable déluge de sons, d'images et de couleurs.

"Rencontre de l'image et des pulsions psychédéliques de cette époque acidulée... Désir de retrouver le chant des origines, images qui s'inscrivent jusqu'à nous comme un double et qui nous font signe.
A tâtons, à tatoum... dans la chambre noire aux idées multinationales, je frémis et je balbutie. Cinéma du dedans et du dehors, du derrière et du dedans...
Face au miroir magique aux multiples visions, je retrouve le fil de ma mémoire et entrouve en un instant l'album de famille, de naissance et de mort.
Devant ce déferlement d'impressions multicolores, dessins animés, réanimés par la passion et l'amour de l'Homme à la valise en carton, j'agitais mes énormes ciseaux et taillais et retaillais tel un sculpteur inspiré devant sa première œuvre. Cascades d'images emergées du creuset de l'âge l'instant où tout chavire, salle de montage de bateau ivre... Nouveaux signes inscrits à même la chair de la pellicule.
La jeunesse de ce film (1967) fut les émotions, les événements, les réfléxions, le déroulement du temps... pour le montage, une sélection de scènes sur plusieurs années, comme le vieux vin, fragmenté de nouvelles inventions, de découvertes, de rythmes nouveaux donna à ce premier film toute l'innocence et la joie de redécouvrir intact le mystère du cinématographe."

Pierre Clémenti
Nice, 4 avril 1999
(in Jeune, dure et pure ! Une histoire du cinéma d'avant-garde et expérimental en France, Cinémathèque Française - Mazzotta, 2001)


Remerciements : cette séance est rendue possible grâce à la contribution appréciée de Light Cone, Les Films de la Pléiade, Alain Montesse, Balthazar Clémenti, Denis O'Leary, PBCpictures.

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Psychedelic TV
Hommage à Peter Foldes


Projections dans le cadre de la soirée
PSYCHÉDÉLISME + ACOUSMATIQUE
(programme détaillé ci-dessous)

Samedi 7 mars 2009 à partir de 19H
Dans le cadre de l'exposition "IAO - Explorations psychédéliques en France"
CAPC Musée d'art contemporain de Bordeaux
7 rue Ferrère  - 33000 Bordeaux



En partenariat avec l'INA

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foldes.jpgPeter Foldes, Annecy 1971 (photo : André Gobeli)


Séance à 20H
Auditorium
Films au programme :

NARCISSUS ECHO (1973 / vidéo / couleur / 6 min)
Film d'animation réalisé par ordinateur. Musique de Bernard Parmegiani.

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Un essai poétique et plastique autour du mythe de Narcisse qui se complaisait dans l'adoration de sa propre image et fut, en guise de punition, transformé en fleur. un film entièrement animé image par image sur l'ordinateur de la "Computer Image Corporation", mélangeant graphismes et prises de vue réelles et exploitant toutes les ressources qu'offre l'électronique pour sortir le dessin animé de sa phase artisanale.

JE, TU, ELLES
(1969-72 / vidéo / couleur / 1H19)
Musique de Robert Cohen-Solal et Bernard Parmegiani avec Daevid Allen & Gong.
Co-produit par l'ORTF et Les Films de la Pléiade / Pierre Braunberger.
Avec Denise Glaser, Francis Blanche, Jacqueline Coué, Monique Lejeune, Henri Piéget, Anémone, Bernadette Lafont, Juliet
Berto, Margareth Clémenti...
Un directeur de galerie fantasque, interviewé par une célèbre journaliste de la télévision, raconte l'histoire d'un peintre qu'il a découvert, Valéry. Ce parcours d'artiste est l'occasion pour Foldes de laisser déborder son imagination au travers de situations symboliques et de flashbacks. "Je, tu, elles" est un film rare et unique en son genre, cumulant tous les procédés imaginables sur un écran, techniques d'animation, de trucages et de manipulations vidéographiques, qui se mêlent avec une extraordinaire virtuosité avec les prises de vues réelles.
Une fresque fantastique, délirante, qui brasse avec un humour souvent grinçant le pop art et les voyages intérieurs.



A propos de Peter Foldes

Revenons à un temps où la télévision était un exceptionnel terrain d'expérimentation et de création. C'est au tout début des années 60, où la rencontre de plasticiens et d'ingénieurs, sous l'impulsion de directeurs de programmes, voit l'émergence de la vidéo en tant qu'expression artistique.
Si Jean-Christophe Averty et Max Debrenne expérimentent en pionniers les effets graphiques sur des images de télévision, dans le cadre des émissions de variétés mensuelles "Histoire de sourire" et "Les Raisins verts" de la première chaîne française, c'est Peter Foldes qui, le premier en 1964, réalise en vidéo un court film d'animation graphique en couleur.

Peter Foldes (ou Földes, ou encore Foldès, les orthographes varient) est une figure héroïque mais méconnue du cinéma d'animation - "Metadata", qu'il réalise en 1971, est le tout premier film d'animation figuratif résultant de la combination d'un synthétiseur d'images et d'un ordinateur, une technique qu'il développera jusqu'à sa disparition précoce en 1977.

Né à Budapest en 1924, il étudie à la Slade School of Arts à Londres, où il réalise deux courts métrages d'animation avec son épouse Joan grâce au soutien du BFI. Malgré les encouragements qu'il reçoit, il retourne à la peinture en 1956 et s'intalle à Paris. C'est au cours des années 60 qu'il se consacre de nouveau au cinéma en rejoignant le Service de la Recherche de l'ORTF (Office de Radiodiffusion-télévision Française) sous la direction de Pierre Schaeffer, le père de la musique concrète. En 1968, à l'instar du GRM (Groupe de Recherche Musicale), est créé le GRI (Groupe de Recherche Image) où Francis Coupigny met au point le "truqueur universel" que Martial Raysse, Peter Foldes et Jean-Paul Cassagnac utiliseront pour des essais de colorisation de l'image vidéo à partir d'images en noir et blanc.

Les courts métrages d'animation réalisés par Peter Foldes à la fin des années 60, rares manifestations d'une sensibilité psychédélique en France à cette époque, sont d'autant plus étonnants qu'ils ont été réalisés, certes à titre expérimental, dans le cadre du service public de l'ORTF. La prolifique filmographie de Foldes se caractérise par un graphisme en perpétuelle métamorphose mêlant des prises de vue réelles, créant un univers fantasmatique et foisonnant.

Peter Foldes se fit également connaître du grand public en réalisant des spots publicitaires (son clip animé pour Bahlsen fut fameux en son temps), et en dessinant les aventures de "Lucy" dans le journal Pilote, qui ne connurent malheureusement pas de postérité.

Deux de ses films, "Portrait robot du hippie" et "Éveil", sont présentés en continu au sein des archives Ina, dans le Salon du CAPC, jusqu'au 8 mars.



PSYCHÉDÉLISME + ACOUSMATIQUE
/ suite de la soirée dans la nef du CAPC


22H / Eddie Ladoire : séance d’écoute d’une sélection de pièces électroacoustiques.
Parce que cette soirée s'inscrit dans une histoire antérieure à la naissance du psychédélisme, le musicien et plasticien Eddie Ladoire, directeur artistique de M.A. association, proposera ensuite sous la forme d’une expérience d'écoute, un montage de pièces historiques du répertoire électroacoustique. Le programme exact des pièces diffusées, couvrant plus de 50 ans d’histoire, sera remis à l'entrée du musée le soir du concert.

22H45 / Vincent Epplay + Samon Takahashi.
Création électroacoustique en accompagnement du triptyque cinématographique de Pierre Clémenti présenté dans l'exposition : Positano - Bobine 30B01 (1969), La Deuxième femme - Bobine J (1967-78), La révolution n'est qu'un début : continuons le combat (1968)
(+ de détails sur les films sur la Page Clémenti sur ce Blog : http://monoquini.over-blog.com/pages/IAO__Pierre_Clementi_cineaste_films_inedits-875105.html



Pour la dernière soirée satellite de l'exposition I∆O, c'est à une exploration des liens entre musique acousmatique et psychédélisme que les spectateurs sont invités sous la nef du CAPC.

En préalable, un bref détour par les origines s'impose : l'acousmatique, c'est quoi au juste ?

La musique acousmatique ou "concrète" est née à Paris en 1948 dans les studios du club d'essai de la radio française de Pierre Schaeffer, futur fondateur en 1951 du Groupe de recherche de musique concrète, connu depuis 1958 sous le nom de Groupe de recherche musicale (GRM). La musique concrète apparaît presque au moment où sont émis dans le studio WDR à Cologne les premiers sons de musique électronique, sous la direction de Karlheinz Stockhausen. Musiques concrète et électronique appartiennent à la famille des musiques « électroacoustiques », qui peuvent se définir comme les musiques reposant sur des moyens technologiques convoquant l'électronique et/ou l'informatique pour enregistrer, reproduire, synthétiser, analyser ou transformer le son : microphones, enregistreurs, amplificateurs, haut-parleurs, mais aussi filtres, modules d'effets, générateurs de fréquences, synthétiseurs de son, etc.

Comme le rappelle Todor Todoroff, le terme « acousmatique » fait "référence au nom que donnait Pythagore à sa façon d'enseigner la philosophie, derrière un rideau et dans le noir, de manière à ce que ses disciples ne soient pas influencés par ses gestes ou son expression, et se concentrent uniquement sur le contenu de son discours. Un son acousmatique désigne donc un son que l'on entend sans déceler la cause physique qui lui a donné naissance ; il devient possible de l'écouter pour lui-même, plutôt que de le cataloguer selon sa cause. (...) Notre culture occidentale nous conduit souvent à ne pas écouter les sons pour eux-mêmes, mais à reconnaître les codes qu'ils transmettent : codes de hauteur, de tonalité, de jeu, etc. Ces sons donc, utilisés pour leurs caractéristiques propres et appelés "objets sonores" (suivant la terminologie du Traité des Objets Musicaux de P. Schaeffer), sont les éléments de base du vocabulaire de la musique acousmatique. Perçus à travers le haut-parleur, les "objets sonores" sont en fait des empreintes, des traces qui, organisées et libérées d'une écoute "explicative", libèrent les images mentales et les formes créatives de notre imaginaire et peuvent ainsi nous faire accéder à l'émotion, à la sensation, à la métaphore (...) L'acousmatique se définira donc par le mode de composition et le mode d'écoute qu'elle propose : composée en studio, fixée sur un support (bande magnétique ou mémoire numérique d'ordinateur), elle est enfin projetée comme un film sur des écrans démultipliés de haut-parleurs."

Les oppositions théoriques et pratiques, d'abord irréductibles, entre musiques électroniques et concrètes tendant progressivement à s'estomper, de nombreuses « expériences  libres » de musiques concrètes ont ainsi été menées dès le milieu des années 60, en une période où le décloisonnement était devenu une façon d’appréhender la musique. Rappelons le séminal et hautement psychédélique Jazzex de Bernard Parmegiani avec Chautemps, Vitet, Rovère et Saudrais en 1966, pour bandes magnétiques ...et musiciens de free jazz.

Ce qui nous intéressera le 7 mars, c'est cette idée de l'expérience, du « trip concret » favorisé par le dispositif d'écoute en multi-diffusion qu'offrent les musiques électroacoustiques. La proposition est simple : trois artistes (Vincent Epplay, Samon Takahashi et Eddie Ladoire) ont été invités pour deux pièces complémentaires faisant s'entremêler histoire et contemporanéité. Leur musique sera « projetée comme un film sur des écrans démultipliés de haut-parleurs » mais aussi... avec un film démultiplié en un triptyque sur un écran.

(Maxime Guitton, programmateur musical pour IAO)

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Ouïr des yeux et voir des oreilles.

Le psychédélisme et les musiques électroacoustiques (musique concrète, acousmatique) semblent au premier abord n'avoir que peu de choses en commun.
Pourtant, les échanges se sont succédés grâce à des personnalités moins frileuses que d'autres, prêtes à ouvrir les portes de leurs chapelles, et l'électronique s'est invitée dans le rock et le free-jazz comme la guitare électrique ou la batterie se sont laissées manipuler par des compositeurs aventureux. On pense à David Vorhaus, à Joseph Byrd, aux Friendsound, Faust, Supersister, ou Brainticket pour les uns, à Luc Ferrari, Jacques Lejeune, Bernard Parmegiani ou Pierre Henry pour les autres. La liste des emprunts, échanges et collaborations, des plus connus aux plus obscurs serait longue à édifier. Certes, le contexte diffère pour la plupart des acteurs de ces deux écoles. Pour certains, la libération ou la révélation du Moi procède de l'usage de substances hallucinogènes, pour d'autres elle peut être mystique, quantique, ou tout simplement esthétique. Mais le besoin d'accéder en des lieux intérieurs inexplorés, où la conscience se trouve livrée à elle même, est commune et les résultats, bien que différents, offrent de nombreux marqueurs comparatifs. La musique comme expérience pure, le son-énergie, qui souhaite copuler avec l'inconscient, qui serait une forme en soi et si possible que le corps tout entier ainsi que les molécules qui le composent pourrait percevoir, est bien ce qui relie ces expériences musicales dont les postulats de départ n'ont peut-être pas la même couleur, mais que l'oreille de l'auditeur curieux, ouvert au monde et à l'expérience, écoutera d'une seule et même façon : la liberté dans la cochlée.

(Samon Takahashi)
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Liens :
Vincent Epplay
http://www.viplayland.net  
http://www.myspace.com/vincentepplay 

Samon Takahashi
http://www.nosign.org/artistes.php?artiste=11
http://purepresence.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=26&Itemid=1


Eddie Ladoire
http://www.ma-asso.org/ 
http://www.myspace.com/eddieladoire

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