THE UGLY ONE

Publié le par bg




JEUDI 12 JUIN À 20H30

Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6,50 € ou ticket d'abonnement



THE UGLY ONE
Un film d'Éric Baudelaire
D'après une histoire de Masao Adachi

France/Liban, 2013, vo arabe et japonaise stf, 1h41
Avec Rabih Mroué, Juliette Navis et la voix de Masao Adachi.

Projection en présence de Cécile Frey, monteuse du film

Cette séance entretient une certaine correspondance avec celle du 15 mai dernier, car il y est aussi question d'engagement politique et du cinéma comme acte militant radical.
Avec ce long métrage de fiction, Éric Baudelaire poursuit le sillage du documentaire L'ANABASE DE MAY que nous avions présenté l'an dernier à Utopia, retraçant l’épopée politique et personnelle de l’Armée Rouge Japonaise.

Entre Tokyo et Beyrouth, l’itinéraire d’une frange radicale de la gauche révolutionnaire y était raconté par Masao Adachi. Réalisateur légendaire au Japon, scénariste pour Nagisa Oshima et Koji Wakamatsu, il a rejoint l’Armée Rouge Japonaise pour soutenir la cause Palestinienne en 1974. Il est un cinéaste clandestin sans images, car celles qu’il tourna au Liban furent détruites pendant la guerre.

Arrêté et incarcéré en 1997, puis extradé en 2001 au Japon, aujourd'hui interdit de sortie de territoire après deux années de prison, Adachi s'est vu proposer un processus de création répondant à son désir de retourner au Liban sans pouvoir le concrétiser physiquement. Adachi scénarise depuis le Japon, Baudelaire se réapproprie le script et le met en images à Beyrouth. Le film qui en résulte a été tourné en 12 jours sous la contrainte de la distance entre ces deux pôles, explorant le rapport entre récit et réel, l'écart entre scénario et tournage, brouillant la notion "d'auteur".

Il y est question d'un homme et d'une femme, ballotés entre le présent et la reconstitution d'un passé incertain, duquel surgissent les contours d'une relation sentimentale et de l'implication commune dans une faction révolutionnaire armée. Progressivement, on découvre la dynamique interne du groupe, ses tensions palpables et le spectre lancinant d'une opération malheureuse.

Le titre du film provient d'une histoire racontée par Masao Adachi : "Ils ne connaissaient pas mon nom japonais. Alors sur les avis de recherche, la police a mis mon nom arabe de combattant, Nabil, et a ajouté sous ma photo : the ugly one ("le laid")."





Note sur Masao Adachi :
par l’historien Gô Hirasawa

« Né à Fukuoka en 1939, Masao Adachi entre au Département des Beaux-Arts de la Nihon University en 1959, où il suit le cursus d’Études cinématographiques. Il participe à la restructuration du Nihon University Film Study Group – groupe en pointe non seulement dans le champ du cinéma universitaire mais dans le cinéma expérimental en général – et réalise dans ce cadre des films très remarqués à l’époque, Wan [Bol, 1961] et Sa-in [Vagin Clos, 1963].
Simultanément, en association avec le VAN Institute for Cinematic Science, Masao Adachi travaille avec un grand nombre d’artistes, parmi lesquels Genpei Akasegawa, Takehisa Kosugi, Yasunao Tone, Yoko Ono, Sho Kazekura, et organise une performance intitulée Sa-in no Gi [La cérémonie du vagin clos]. Il collabore au Film Independent, projections collectives des travaux de cinéastes indépendants, puis rejoint Wakamatsu Production.

 


School Girl Guerilla (1969) de Masao Adachi


Tout en réalisant ses propres films, Masao Adachi écrit plusieurs scénarios pour Koji Wakamatsu, notamment : Quand l’embryon part braconner (1966), Histoire de la violence de l'underground japonais : le sang de l'homme étrange (1967), Réflexions sur la mort passionnelle d'un fou (1969), Sex Jack (1970). Il produit aussi de façon indépendante son Galaxy (1967). En 1968, il joue dans deux films de Nagisa Oshima : La Pendaison et Le Retour des trois soûlards. Il travaille pour Sozo-sha, la compagnie indépendante d’Oshima, et rédige le scénario du Journal du voleur de Shinjuku (1968). En 1969, avec Mamoru Sasaki, scénariste de la Sozo-sha, et Masao Matsuda, critique de cinéma anarchiste, il coproduit et coréalise Aka Serial Killer, un film constitué de plans des paysages qu’avait dû traverser le tueur en série Norio Nagayama.
En 1971, avec Oshima et Wakamatsu, Adachi est invité par la Semaine de la Critique au festival de Cannes. En rentrant au Japon, il décide de faire un détour par la Palestine et y produit un film de contre-information internationaliste, The Red Army/PFLP: Declaration of World War, coproduit par le FPLP et des membres de l’Armée Rouge Japonaise, parmi lesquels Shigenobu Fusako. Pour montrer le film, il met en place la “Red Bus Film Screening Troop”, qui voyage dans tout le Japon. En tant qu’activiste, Adachi a conçu et pratiqué plusieurs théories du cinéma, au sujet tant de l’esthétique que de la forme des projections.
En 1974, il quitte le Japon et se consacre à la Révolution palestinienne. Ses activités restent alors clandestines, jusqu’à ce qu’en 1997, il soit arrêté et incarcéré au Liban.
En 2001, Adachi est extradé au Japon où, après deux ans d’emprisonnement, il est libéré mais reste toujours interdit de sortie de territoire.
À présent, Adachi prépare un nouveau film intitulé Thirteenth Month of the Year et élabore une nouvelle théorie du cinéma. »

 

Note sur Éric Baudelaire:

Éric Baudelaire est un artiste et cinéaste français né à Salt Lake City en 1973. Son travail a fait l'objet d'expositions monographiques récentes au centre d'art Gasworks, à Londres, à La Synagogue de Delme, en Lorraine, au Hammer Museum de Los Angeles, ainsi que dans les galeries Juana de Aizpuru à Madrid, Elizabeth Dee, à New York et Greta Meert à Bruxelles. En 2012 il participe à La Triennale au Palais de Tokyo, Paris (cur. Okwui Enwezor), à Documentary Forum / A Blind spot à la HKW de Berlin (cur. Catherine David), à la Biennale de Taipei (cur. Anselm Franke), et à la Baltic Triennial de Vilnius (cur. Defne Ayas et Ben Cook). Ses œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou, du Fond National d'art Contemporain, du FRAC Auvergne et du Whitney Museum of American Art. Ses films ont été sélectionnés dans de nombreux festival dont le FID Marseille, le Rotterdam International Film Festival et le San Francisco Film Festival.


Repères bibliographiques :

Le Bus de la révolution passera bientôt près de chez toi -
Écrits sur le cinéma, la guérilla et l'avant-garde (1963-2010), de Masao Adachi (Éditions Rouge Profond, 2012)
Le Cinéma enragé au Japon, de Julien Sévéon (Éditions Rouge Profond, 2010)
Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte, ouvrage collectif (Imho, 2010)

Quelques repères cinématographiques :

Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution – Masao Adachi, de Philippe Grandrieux (2011)
United Red Army, de Koji Wakamatsu (2008)
Quand l'embryon part braconner, de Koji Wakamatsu (1966)
Les anges violés, de Koji Wakamatsu (1967)
Va va vierge pour la deuxième fois, de Koji Wakamatsu (1969)

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