AMI, ENTENDS-TU

Publié le par bg

JEUDI 6 MARS À 20H30

Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6,50 € ou ticket d'abonnement



AMI, ENTENDS-TU
Un film de Nathalie Nambot
France, 2010, projection 35mm, vo Russe stf, 55 minutes
Avec Tina Oumanskaia, Lena Kobzar, Youri Kantomirov, et la voix de Natalia Gorbanevskaia
Prix Révélation, Festival DocLisboa 2011


Projection en présence de la réalisatrice

Mon siècle, ma bête, qui saura
Plonger dans tes pupilles
Et de son sang coller
Les vertèbres de deux siècles ?

Ossip Mandelstam


La poésie, comme un couteau, dissèque l’époque. En Russie, de la mer gelée à Kronstadt jusqu’à Moscou où ont été tournées les images de ce film, gronde le bruit du temps. Des voix nous guident à travers poèmes, récits ou documents. On entend les mots du poète acméiste Ossip Mandelstam et de sa femme Nadejda, ceux d’Anna Akhmatova, et la colère abrupte de Cassandres du temps présent.


Ami, entends-tu est un chant de résistance.
C’est un film sur le retour et le recommencement, sur les rimes effroyables de l'Histoire, d’où remontent des fantômes qui continuent de hanter le présent.


Trois figures vont se manifester. Celles-ci, à travers poèmes ou récits documentaires disent une histoire commune d’amour et d’amitié en prise avec une époque troublée, celle des grandes purges, qui coûtera en 1938 la vie à Ossip Mandelstam, enlevé "au milieu d'une phrase" et déporté dans le camp de la Kolyma après avoir rédigé une diatribe contre Staline.
Il s’agit ici d’arpenter en étranger une terre, des lieux où l’on retourne, jusqu’à lever le voile du temps présent : l’abrupte actualité.


La tentative serait, avec l’outil cinéma, de re-donner un lieu à la poésie étouffée par le régime Soviétique et que des hommes et des femmes mémorisaient pour la conserver, de bouche en bouche et de cœur en cœur, comme dans Fahrenheit 451.
De donner à la lutte du temps présent, aux opposants et contestataires en prise avec les mécanismes cyniques des nouveaux puissants, une inscription - un lieu de mémoire pour ceux que la machine étatique décide d’éliminer ou de faire taire (Stanislav Markelov, Anna Politkovskaïa, Nadejda Tolokonnikova...) mais aussi de persistance. Actes de persistance. Comme si, depuis les ténèbres, les morts avaient encore à nous dire pour éclairer notre présent.


Ami, entends-tu n'est pas seulement un film sur la poésie, il est lui-même poème.



Autel en hommage à l'avocat Stanislav Markelov, assassiné par un ultranationaliste en pleine rue le 19 janvier 2009 à Moscou.

La jeune journaliste Anastasia Babourova, qui l'accompagnait, fut elle aussi abattue.

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