Archive 2008 / Lieux possibles



Lieu possible 1/ Mériadeck /
Bordeaux / samedi 31 mai 08


Projections présentées par Monoquini
dans le cadre de LIEUX POSSIBLES

manifestation organisée par l'association Le Bruit du Frigo





Monoquini propose la mise en situation d'oeuvres vidéos d'artistes dans divers espaces du quartier Mériadeck, sur et autour de l'Esplanade Charles de Gaulle. Chacun de ces sites a déterminé le choix d'un ou plusieurs films en fonction d'un contexte précis -  la qualité architecturale d'un bâtiment, de sa fonction, de la multiplicité des points de vue qu'offrira le caractère déambulatoire du spectacle, ponctué des commentaires du guide Nicolas Mémain  et des interventions musicales proposées par Amor Fati (Mathieu Immer / Didier Lasserre / Bertrand Gauguet).



Films au programme :

Salle du conseil de la CUB
20H30 - 22H10

Entrée libre dans la limite des places disponibles.
Ouverture des portes à 20H.


Entre un espace de monstration traditionnellement accessible tel un cinéma ou une salle de conférence et une salle de conseil où se tiennent les décisions politiques et où le public n'est pas invité à débattre, il nous semble intéressant de choisir la deuxième, particulièrement dans le cadre d'une programmation filmique qui se propose de transmettre quelques expériences et reflexions sur l'espace urbain et l'habitat. La dimension utopique y est relative; l'oeuvre d'imagination qui est le fait d'un artiste ou d'un architecte quitte parfois le champ du virtuel pour s'inscrire, même temporairement, dans l'espace concret. Les films de ce programme tendent à montrer que s'il existe des utopies réalisables, il en est certaines qui rejoignent aujourd'hui le champ de l'expérience vécue.


Matt McCormick
The subconscious art of graffiti removal

(USA /  2002 / 16mm transféré en vidéo / vostf / 17 min)
courtesy Peripheral Produce, Portland
Il est notoire que le budget des campagnes anti-graffitis surpasse souvent dans certaines villes les budgets alloués à l’art. Ce documentaire, tourné à Portland, USA, tend à démontrer, en s'appropriant avec humour le discours théorique de l'art, que le recouvrement de graffitis a dépassé les clivages des genres et des pratiques en devenant un mouvement artistique subconscient d'un intérêt certain.


Anri Sala
Dammi i colori

(Albanie / 2003 / vidéo / vostf / 15 min)
courtesy galerie Chantal Crousel, Paris

DR

Un documentaire sur la métamorphose des façades mornes et décaties de Tirana en un damier chatoyant de couleur. Sous l'impulsion d' Edi Rama, maire de la capitale albanaise sinistrée, artiste de formation lui-même, une vaste entreprise de rénovation a été engagée avec le concours des citoyens. Avec des moyens extrêmement modestes, la ville aux allures post-apocalyptiques a retrouvé un semblant de vie grâce à cette expérience artistique - la couleur jouant ici la fonction de liant social.


Dirk Dumon
Kingelez : une cité repensée

(Belgique / 2003 / vidéo / 30 min)
courtesy CBA, Bruxelles
Isek Bodys Kingelez (né en 1948) est un artiste Congolais qui a été révélé par l'exposition "Les Magiciens de la Terre" au Centre Pompidou en 1989. Il travaille sur des maquettes qui sont des visions de cités utopiques : la Kinshasa idéale du futur, le réaménagement de New York ou la conception de villes à venir. C'est une architecture colorée et aux formes étranges, exhubérantes - essentiellement des grattes-ciel - qui envisage un mode de vie futuriste. Les matériaux employés par Kingelez sont le plastique et les emballages alimentaires, conférant à sa vision de la ville moderne l'aspect d'un décor de science-fiction, certes désuet mais d'une grande originalité.
Dirk Dumon fait ici le portrait d'un artiste profondément et sérieusement engagé dans sa démarche, le montrant au travail dans sa maison de Kinshasa.


Mika Taanila
Futuro - a new stance for tomorrow

(Finlande / 1998 / vidéo / vo finnoise stf / 30 min)
courtesy Kinotar Oy, Helsinki



La maison Futuro, conçue par l'architecte Finlandais Matti Suuronen, fut présentée pour la première fois publiquement en 1968. S'inscrivant dans la continuité des "maisons-capsules" modulables et de la "Plug-in City" pensées par les architectes d'Archigram, Futuro frappait d'emblée l'imagination par sa forme de soucoupe volante qui reflétait alors l'optimiste des années 60 à l'ère de la conquète spatiale et la vision utopique d'un nouveau mode de vie. Outre sa fonctionnalité, cette maison révolutionnaire constituée d'éléments en plastique polyester renforcé, était mobile et aisément implantable sur des terrains peu propices à du bâti traditionnel. Mais les coûts de production élevés et les échecs  répétés en terme de marketing ont rapidement eu raison de cette entreprise sans pareil.

Futuro est tombée dans l'oubli durant des décennies et a rejoint la cohorte de rumeurs liées à l'observation des OVNI, jusqu'à ce que Mika Taanila et Marko Home rassemblent, après deux années de recherches, les sources qui constituent ce fascinant documentaire, réhabilitant un des projets architecturaux les plus singuliers du XXième siècle.
Quelques exemplaires de Futuro subsistent au monde (certains ayant été exposés dans le cadre de manifestations artistiques à Vienne, Utrecht, Louisiana, Istambul) et à la faveur de ce film, l'histoire de cette "maison du futur" n'est pas tout à fait close...


Et à partir de 22H15...

Ilot de la rue de Carayon Latour

Bernard Gigounon
Starship

(Belgique / 2002 / vidéo / séquence de 6 minutes en boucle)
courtesy Argos, Bruxelles



Comme à son habitude, l'artiste Bruxellois Bernard Gigounon (né en 1972) a recours à des moyens minimes pour créer l'illusion d'un merveilleux ou d'un gigantisme née d'une réalité somme toute banale. La fantasmagorie repose avant tout sur la capacité du spectateur à croire. Gigounon cultive volontairement l'effet pauvre; son cinéma illusionniste délaisse les outils numériques les plus avancés de simulation du réel, au profit de simples calques, transparents et effets de miroirs perpétuant en quelque sorte les fantaisies optiques de l'ère du pré-cinéma.
Ici, des bateaux filmés sur la Mer du Nord deviennent d'imposants vaisseaux spatiaux en route vers des horizons infinis, évoquant la tradition portuaire révolue de Bordeaux, détournée en une imagerie futuriste.


Nicolas Provost
Suspension
(Belgique / 2007 / vidéo / séquence de 3 minutes en boucle)
courtesy Argos, Bruxelles



Les compositions symétriques de ce jeune artiste trouvent ici une ampleur et une élégance à la lisière de l'abstraction, où de simples fumeroles deviennent de puissantes chimères.

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CUB

Takashi Ito
Thunder
(Japon / 1982 / 16mm transféré en DVD / 5 min. en boucle)
courtesy Image Forum, Tokyo


Takashi Ito
Grim
(Japon / 1985 / 16mm transféré en DVD / 7 min. en boucle)
courtesy Image Forum, Tokyo
De par ses premiers films expérimentaux, réalisés dans les années 80, Takashi Ito est sans conteste un maître des paradoxes visuels à la Escher. Tours de force techniques, vertiges sensoriels, ses œuvres filmiques sont des variations autour de l'espace urbain contemporain, qu'il s'agisse des grands ensembles qu'il met en boîte sous forme de maquettes animées ou de l'espace domestique subverti par des manifestations technologiques incontrôlées, en une résurgence des fantômes et du surnaturel dans un contexte aseptisé qui n'est pas sans rappeler les films postérieurs de son compatriote Kiyoshi Kurozawa ("Kaïro").

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Ponant

Semiconductor
Inaudible cities : part one
(Grande-Bretagne / 2002 / vidéo / 6 min 42)
courtesy Semiconductorfilms / FatCat Records

DR

Dans la continuité de leur travail de correspondance entre le son et l'image, Semiconductor ont conçu un programme qui permet d'interpréter à l'écran des bruits et des fréquences selon une organisation précise. Une ville de synthèse se conçoit ainsi sous nos yeux alors que la présence sonore se fait progressivement plus dense, chaque détail du paysage urbain ayant son équivalent sur le plan sonore.


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Patio de la Préfecture

Arvind Palep
Sixes Last
(USA / 2005 / vidéo / 3'15 en boucle)
courtesy 1st Avenue Machine, New York
Une succession de plans rapprochés de tubercules, fleurs et tiges végétales sur lesquelles semblent greffés des éléments organiques qui s'animent selon un mouvement mécanique d'éclosion et de retractation. Ce clip aux allures de documentaire scientifique du futur, sorte de ballade dans un jardin botanique dominé par l'intelligence artificielle, restitue le ballet étrange d'un monde végétal en mutation constante.


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DGAS / Immeuble Solidarité

Gee-Jung Jun
France 2007
(France / 2007 / 16mm transféré sur DVD / muet / 20 min.)
courtesy Polygone Étoilé, Marseille


Festival International du Documentaire 2007 : Mention spéciale du jury, Compétition Française
Ecrans documentaires d'Arcueil 2007 : Meilleur film "premier geste" court
Copenhagen International Documentary Film Festival 2007 : meilleur court-métrage, Compétition internationale.

DR

Face à l'Hôtel de Région, l'immeuble Solidarité de la DGAS présente un décor intéressant, un ready-made sous la forme d'une vitrine constituée d'un jardin de rocailles d'où surgit un unique cactus. En quelque sorte, un mince fragment de désert méticuleusement transposé sous verre en milieu urbain, qui fait face à une vaste esplanade aux dalles incertaines et branlantes, traversée par de rares piétons. Cette vitrine fait paradoxalement figure d'oasis dans ce désert urbain. Elle nous invite à planter le décor d'un western contemporain, celui d'une conquète de l'ouest ou plus modestement de la quète d'une vie meilleure au prix de l'exil.
L'immeuble Solidarité est bati sur les remblais de l'ancien quartier populaire et cosmopolite de Mériadeck. Plus rien n'évoque ce passé, et ce lieu désert la nuit n'est hanté d'aucun fantôme. Pourtant notre quotidien est traversé de spectres, de figures humaines que la plupart des gens essayent de ne pas voir, de ne pas entendre, les rejettant dans un indéterminé. C'est l'autre, l'étranger, l'exilé qui a fuit une misère aujourd'hui inimaginable et qui tente de vivre à nos côtés, mais qui ne rencontre pas la terre promise.

"Des corps, des visages, des regards, des lieux de vie, de l'humanité. La caméra n'est pas porteuse de jugement, elle établit dans la simplicité du premier contact une relation de connivance instinctive. Il n'y a pas de victimes, pas de cause à défendre. Cela se passe en France, en 2007, dans un bidonville de Lyon, habité de Roumains, de Tziganes, oubliés de la société, sans papiers, sans droits, qu'en d'autres contrées on appellerait des intouchables.
La force du film est de laisser s'épanouir dans la splendeur de ses images l'évidence du bonheur quand le consensus ambiant rumine la langue asséchée du misérabilisme. Dans ce parti-pris de la vie, le geste est éminemment politique. Eloquence du cinéma muet."
(Présentation du film dans le catalogue du distributeur Polygone Étoilé)


"Ce n'est certes pas un hasard si ce court métrage fait tant penser à un cinéma qui témoignait dans l'après seconde guerre mondiale de la misère des faubourgs, tels que Aubervilliers d'Elli Lotar (1946), Enfants des courants d'air d'Edouard Luntz (1960), L'amour existe de Maurice Pialat (1960), les films de Italiens Comencini et Antonioni. (...) Muet, tourné en noir et blanc dans un campement provisoire gitans empli de cabanons aux matériaux hétéroclites, ce film fait le portrait bienveillant de ces personnes qui arborent timidement les corps et les visages désoeuvrés du dénuement. L'utilisation d'une pellicule périmée explique ces superpositions d'images vouées à ne jamais se rencontrer. Certaines, inversées, hantent le premier plan de leurs ombres mobiles et livrent, comme un horizon lointain, toute une vie inaccessible aux pauvres du bivouac. (...) Cependant, si les plans de femmes qui fument, de ces enfants qui jouent et dansent, de ces pères donnant l'accolade à leur fils, de ces familles posant sur le seuil de leur cahute et d'une certaine joie de vivre, malgré tout, rappellent un passé (et aussi ces photographies de reporters américains appréhendant la pauvreté des métayers suite à la crise de 1929 et les daguerréotypes du XIXe siècle de ces sujets aimant à cotempler l'objectif), ils répandent aussi furtivement leur violence au regard d'un titre provocateur évoquant des temps modernes axquels cette relégation d'un autre âge ne devrait plus appartenir."
Nathalie Mary, Bref 81, Janvier-avril 2008


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Programmation / réalisation : Bertrand Grimault & Franck Bourdères
Tous les textes sauf mention © Bertrand Grimault
Remerciements : toute l'équipe du Bruit du Frigo, le personnel de la CUB et du Conseil Général, Novotel (Mme Martine Castaing), les partenaires techniques (CAPC, MédiaCités), l'association Plan-Large & Sylvain Mavel pour les transferts vidéo, les artistes, distributeurs et ayant-droits pour leur contribution appréciée. Merci à toutes celles et tous ceux qui nous apportent leur soutien (you know who you are).