Une jeunesse allemande

Publié le par bg

Ulrike Meinhof, circa 1965


JEUDI 15 MAI À 20H30

Cinéma Utopia
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6,50 € ou ticket d'abonnement



UNE JEUNESSE ALLEMANDE
Un projet de long métrage documentaire de Jean-Gabriel Périot
France, 2010-14 (en cours), environ 120 minutes


Projection en présence du réalisateur


De manière inhabituelle, ce n'est pas à une séance conventionnelle que nous vous convions ce soir, mais à la projection d'une durée indéterminée d'un travail en cours, inachevé, forcement fragmentaire, qui sera accompagnée par son réalisateur.


La démarche de Jean-Gabriel Périot, auteur de nombreux essais visuels poétiques et politiques, s'inscrit dans une réflexion sur les conflits les plus marquants de l'histoire collective, interrogeant le statut polymorphe de la violence dans nos sociétés.


"Une jeunesse allemande", film en cours de montage à partir d'archives exceptionnelles, poursuit cette tendance en se penchant sur un des moments les plus tragiques et sanglants de l'après-guerre en Allemagne. Il vise à dresser un portrait kaléidoscopique de l’Allemagne des années 60, démocratie naissante embarrassée par son passé nazi et étriquée dans son rôle d’avant poste de l’impérialisme et du capitalisme face à son double communiste, et où une partie de la jeunesse contestataire, en plein conflit avec ses pères, va se radicaliser jusqu'à basculer dans une lutte armée aux conséquences funestes.

 

De cette époque troublée, vont surgir Ulrike Meinhof, Holger Meins, Andreas Baader, Gudrun Ensslin et Horst Malher, les fondateurs de la RAF (Rote Armee Fraktion), un groupe terroriste d’extrême-gauche désigné en France comme la Fraction Armée Rouge, ou plus communément « la bande à Baader ».
Il s'agit d'une histoire largement documentée, où les deux camps ennemis, l'état et le mouvement de guérilla urbaine, se sont emparés des médias comme arme, menant ainsi une "guerre des mots et des images", certains membres de la RAF ayant une expérience dans le cinéma.

De cette histoire complexe, le premier mouvement est consacré à Ulrike Meinhof et tente de saisir le processus qui a amené cette journaliste engagée et respectée, mère de deux enfants, à basculer dans la clandestinité et le terrorisme pour devenir en 1970 "l'ennemi public numéro 1", jusqu'au dénouement fatal, le 9 mai 1976 dans la prison de haute sécurité de Stammheim à Stuttgart.


Figure emblématique de cette jeunesse allemande dès 1960, Ulrike Meinhof avait incarné la voix de l’extrême gauche sur les plateaux de télévision où elle était régulièrement invitée. Cette femme de trente ans apparaissait sûre d’elle, presque austère, pesant chacun de ses mots. Servis par sa voix souvent professorale, les documentaires qu’elle a réalisé à cette époque pour la télévision de Hambourg, sont de facture élégante et classique. Ils prennent le temps de montrer les différents visages des laissés pour compte de la société : les immigrés, les travailleurs, les ouvrières… Ces films sociaux et politiques, dessinent un portrait en négatif de la RFA à l’opposé de l’image positive du miracle économique que communiquaient aussi bien les hommes politiques que la télévision.

 


Bambule (1970)

 


En 1970, Meinhof a également réalisé en collaboration avec Eberhard Itzenplitz un film de fiction pour la télévision, Bambule (Mutinerie), qui s'inspire de la vie de jeunes femmes vivant dans un foyer à Berlin. Co-écrit avec ces jeunes filles à partir de leur propre expérience, ce téléfilm dresse une peinture réaliste, quasi-documentaire, de ces foyers de travail fermés où elles sont opprimées et exploitées. L'engagement de Meinhof dans la lutte armée a valu à ce film d'être immédiatement censuré.

Nous verrons de larges extraits de films et documents rares réalisés par Ulrike Meinhof, en guise d'esquisse de ce portrait à venir d'Une jeunesse allemande.

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