MICROSTORIES # 5

Publié le par bg

retrouvez-nous sur

www.monoquini.net

 

 





JEUDI 18 AVRIL 2013
21H
CINÉMA UTOPIA
5 Place Camille Jullian, Bordeaux

Tarif : 6 € ou ticket d'abonnement


Séance présentée par Bertrand Grimault, en présence d'Eddy Dufourmont,
Maître de conférence à l'Université Bordeaux III et spécialiste de l'histoire politique du Japon.


L’ANABASE DE MAY ET FUSAKO SHIGENOBU, MASAO ADACHI, ET 27 ANNÉES SANS IMAGES
de Éric Baudelaire
(France / 2011 / Couleur et N&B / Super 8, vidéo HD / 1h06)

L’épopée politique et personnelle de l’Armée Rouge Japonaise racontée comme une Anabase, nom donné par Xénophon à un voyage qui est à la fois une errance vers l’inconnu et un difficile retour chez soi.
Entre Tokyo et Beyrouth, de la fièvre idéologique de l’après 68 jusqu'à la fin des "années rouges", l’itinéraire de trente ans d’une frange radicale de la gauche révolutionnaire est raconté par deux de ses protagonistes.

May Shigenobu, fille de la fondatrice du groupuscule, en a été le témoin intime. Née au Liban dans le secret, elle ne connaît que la clandestinité jusqu’à ses 27 ans, mais une deuxième vie commence pour elle avec l’arrestation de sa mère en 2000 et son apprentissage d’une vie soudainement très publique.

Masao Adachi, réalisateur légendaire au Japon, scénariste pour Nagisa Oshima et Koji Wakamatsu, a quitté le cinéma pour prendre les armes avec l’Armée Rouge Japonaise au nom de la cause Palestinienne en 1974.
Pour ce théoricien du fûkeiron, mouvement de cinéastes qui filmaient le paysage pour révéler les structures omniprésentes du pouvoir, ses 27 années d’exil volontaire furent sans images, car celles qu’il tourna au Liban furent détruites pendant la guerre.

C’est donc la parole, le témoignage, la mémoire (faussée parfois) qui composent ce présent film. Deux récits croisés où se mêlent histoires intimes, Histoire politique, propagande révolutionnaire et théorie du cinéma, 30 ans d’invention de soi où il est en permanence question d’images, où les images publiques véhiculées par les médias relatent des opérations terroristes pensées comme des scénarios, et où les images personnelles sont perdues ou détruites dans le chamboulement des luttes.

Sur un mode documentaire d'une grande singularité, les voix de May Shigenobu et Masao Adachi accompagnent des images tournées en Super 8 dans le paysage contemporain de Tokyo et Beyrouth.

 





Note sur Masao Adachi :
par l’historien Gô Hirasawa

 

« Né à Fukuoka en 1939, Masao Adachi entre au Département des Beaux-Arts de la Nihon University en 1959, où il suit le cursus d’Études cinématographiques. Il participe à la restructuration du Nihon University Film Study Group – groupe en pointe non seulement dans le champ du cinéma universitaire mais dans le cinéma expérimental en général – et réalise dans ce cadre des films très remarqués à l’époque, Wan [Bol, 1961] et Sa-in [Vagin Clos, 1963].
Simultanément, en association avec le VAN Institute for Cinematic Science, Masao Adachi travaille avec un grand nombre d’artistes, parmi lesquels Genpei Akasegawa, Takehisa Kosugi, Yasunao Tone, Yoko Ono, Sho Kazekura, et organise une performance intitulée Sa-in no Gi [La cérémonie du vagin clos]. Il collabore au Film Independent, projections collectives des travaux de cinéastes indépendants, puis rejoint Wakamatsu Production.
Tout en réalisant ses propres films, Masao Adachi écrit plusieurs scénarios pour Koji Wakamatsu, notamment : Quand l’embryon part braconner (1966), Histoire de la violence de l'underground japonais : le sang de l'homme étrange (1967), Réflexions sur la mort passionnelle d'un fou (1969), Sex Jack (1970). Il produit aussi de façon indépendante son Galaxy (1967). En 1968, il joue dans deux films de Nagisa Oshima : La Pendaison et Le Retour des trois soûlards. Il travaille pour Sozo-sha, la compagnie indépendante d’Oshima, et rédige le scénario du Journal du voleur de Shinjuku (1968). En 1969, avec Mamoru Sasaki, scénariste de la Sozo-sha, et Masao Matsuda, critique de cinéma anarchiste, il coproduit et coréalise Aka Serial Killer, un film constitué de plans des paysages qu’avait dû traverser le tueur en série Norio Nagayama.
En 1971, avec Oshima et Wakamatsu, Adachi est invité par la Semaine de la Critique au festival de Cannes. En rentrant au Japon, il décide de faire un détour par la Palestine et y produit un film de contre-information internationaliste, The Red Army/PFLP: Declaration of World War, coproduit par le FPLP et des membres de l’Armée Rouge Japonaise, parmi lesquels Shigenobu Fusako. Pour montrer le film, il met en place la “Red Bus Film Screening Troop”, qui voyage dans tout le Japon. En tant qu’activiste, Adachi a conçu et pratiqué plusieurs théories du cinéma, au sujet tant de l’esthétique que de la forme des projections.
En 1974, il quitte le Japon et se consacre à la Révolution palestinienne. Ses activités restent alors clandestines, jusqu’à ce qu’en 1997, il soit arrêté et incarcéré au Liban.
En 2001, Adachi est extradé au Japon où, après deux ans d’emprisonnement, il est libéré mais reste toujours interdit de sortie de territoire.
À présent, Adachi prépare un nouveau film intitulé Thirteenth Month of the Year et élabore une nouvelle théorie du cinéma. »



Note sur Éric Baudelaire:

Éric Baudelaire est un artiste et cinéaste français né à Salt Lake City en 1973. Son travail a fait l'objet d'expositions monographiques récentes au centre d'art Gasworks, à Londres, à La Synagogue de Delme, en Lorraine, au Hammer Museum de Los Angeles, ainsi que dans les galeries Juana de Aizpuru à Madrid, Elizabeth Dee, à New York et Greta Meert à Bruxelles. En 2012 il participe à La Triennale au Palais de Tokyo, Paris (cur. Okwui Enwezor), à Documentary Forum / A Blind spot à la HKW de Berlin (cur. Catherine David), à la Biennale de Taipei (cur. Anselm Franke), et à la Baltic Triennial de Vilnius (cur. Defne Ayas et Ben Cook). Ses œuvres figurent dans les collections du Centre Pompidou, du Fond National d'art Contemporain, du FRAC Auvergne et du Whitney Museum of American Art. Ses films ont été sélectionnés dans de nombreux festival dont le FID Marseille, le Rotterdam International Film Festival et le San Francisco Film Festival.


Repères bibliographiques :
Le Bus de la révolution passera bientôt près de chez toi -
Écrits sur le cinéma, la guérilla et l'avant-garde (1963-2010), de Masao Adachi (Éditions Rouge Profond, 2012)
Le Cinéma enragé au Japon, de Julien Sévéon (Éditions Rouge Profond, 2010)
Koji Wakamatsu, cinéaste de la révolte, ouvrage collectif (Imho, 2010)

Quelques repères cinématographiques :
Il se peut que la beauté ait renforcé notre résolution – Masao Adachi, de Philippe Grandrieux (2011)
United Red Army, de Koji Wakamatsu (2008)
Quand l'embryon part braconner, de Koji Wakamatsu (1966)
Les anges violés, de Koji Wakamatsu (1967)
Va va vierge pour la deuxième fois, de Koji Wakamatsu (1969)

______________________________________________________________________________________________

 

MICROSTORIES est un cycle mensuel de projections proposé par l'association Monoquini en partenariat avec le Cinéma Utopia, consacré au portrait et au journal filmé, au travers de productions indépendantes à la croisée de la fiction, du documentaire et du cinéma expérimental.
L'objectif de ce cycle est de présenter des œuvres généralement exclues des circuits de diffusion traditionnels de par leur forme hybride et de leurs conditions de production singulières.

Prochaine séance :

Microstories # 6 / jeudi 16 mai : LA RICHESSE DU LOUP, de Damien Odoul (France, 2012, DV Canon 5D, 1h26). En présence du réalisateur. Séance précédée d'une rencontre-lecture à la librairie La Machine à Lire.
_________________________________________________________________________________________

 


Commenter cet article